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Le texte suivant a été présenté en section le 8 avril 2008 pour lancer un débat.
Voilà bientôt un an que Nicolas Sarkozy occupe l'Elysée et les récentes élections municipales viennent de clôturer le premier acte de sa présidence. Les Français ne manquent pas de s'interroger, comme jamais auparavant, sur le style, sur les méthodes et sur les résultats d'un homme qui dénote dans l'histoire de la Vème République. Le style d'abord, poussé parfois jusqu'à la caricature. De sa prestation du G8 aux insultes du salon de l'agriculture, toujours ce manque flagrant d'auto-contrôle. Sans oublier son augmentation de salaire, justifiée de façon scandaleuse (*). L'accès à la fonction suprême ne semble pas avoir engendré, chez Nicolas Sarkozy, de transformation à la mesure des immenses responsabilités qui sont les siennes. Les pouvoirs que confère la Vème République vont de pair avec l'incarnation de la figure présidentielle, porteuse de stabilité et de crédibilité pour qui veut mener des réformes de fond. La méthode employée par le président ne semble pas plus prometteuse, comme en témoigne le contournement du Conseil constitutionnel dans la loi sur la récidive, ou les nombreuses annonces qui se sont soldées par des retraits. L'abrogation des 35 heures, le respect des quotas de pêche européens, l'affaire de la Shoah en CM2, ces exemples traduisent tous une approche impulsive des dossiers et un manque réel de concertation ou de réflexion de fond. Pour les résultats, il est encore trop tôt pour se prononcer mais tout indique que l'attitude ultra-volontariste du président se soit pliée aux exigences du réel. En voulant s'affranchir de l'impuissance du politique, il s'est trop mis en avant et a donc voulu tout contrôler : ainsi est né l'hyper-président. Cette mécanique s'essouffle aujourd'hui, de là naît une perte de crédibilité inquiétante pour mener à bien les transformations exigées par notre pays. La rupture promise peut-elle être mise en oeuvre sans le « choc de confiance » qu'il a lui-même annoncé ? La remontée dans les sondages de personnes comme François Fillon ou Xavier Bertrand, dont les méthodes contrastent fortement avec le président, est une forme de désavoeu pour Nicolas Sarkozy. Alors que ceux-ci sont pourtant réduits à jouer des rôles secondaires au regard de ce qu'exige leur fonction dans une présidence classique.
La popularité de ces ministres est inquiétante pour le Parti Socialiste car elle traduit le fait que les Français gardent les yeux rivés sur la droite. Notre parti reste pour nos concitoyens une force d'opposition plus que de proposition, et tant que le prochain congrès n'aura pas eu lieu, il ne faut pas s'attendre à d'amélioration notable à ce niveau. Le congrès doit relever deux défis principaux : positionner le curseur idéologique de manière adéquate en donnant la définition du socialisme dans l'économie de marché, et affirmer un leader reconnu tant par les socialistes que les Français. Ceci n'est pas une mince affaire car la gauche française, contrairement à ses consoeurs européennes s'est historiquement construite sur l'idée de révolution. Il faudra ici affirmer que la réforme n'est pas forcément la demi-mesure et trancher avec la stratégie développée par François Hollande, fondée sur la recherche du centre de gravité du parti. Stratégie payante pour préserver l'unité du PS à travers des crises majeures telle celle de la constitution européenne, mais ce qui est valable à l'intérieur du parti ne l'est pas forcément à l'extérieur. A trop resté centré sur le parti on risque une déconnexion avec nos compatriotes. Construire une ligne idéologique pertinente c'est aussi donner des repères aux Français. Lorsque George W. Bush parle de l'axe du mal, et donne sa vision binaire du monde ; il fournit aux Américains susceptibles de voter pour lui ces mêmes repères. Peu importe qu'ils soient biaisés et malsains, John Kerry n'a pas su opposer à cette vision sa propre construction rendue claire et intelligible aux yeux de ses compatriotes. Cette approche est déterminante pour la prochaine présidentielle et doit nous permettre de dépasser le stade du socialisme municipal. Et les perspectives sont bonnes pour le PS repassé positif en image lors du dernier sondage TNS-Sofres où plongeait l'UMP. La définition des alliances est aussi au coeur du congrès, tant les directions à explorer sont nombreuses et pas nécessairement compatibles entre elles. D'une LCR qui nous rejette à un MoDem jugé trop central par certains.
Le MoDem, justement. Les Municipales ont été rudes pour le parti de François Bayrou, victime du traquenard palois où l'UMP a tout fait pour maintenir son candidat dans la triangulaire laissant la ville à la gauche. L'avenir du MoDem est aujourd'hui incertain, le désistement de nombreux cadres, la ligne idéologique floue, certaines contradictions de terrain comme le cas de Clamart où le même jour le MoDem a soutenu l'UMP aux Municipales et les Verts aux Cantonales. De plus, si le MoDem peut s'allier au PS ici et à l'UMP dans la ville voisine, quelle ligne ce parti va-t-il défendre dans la communauté d'agglomération ? Tous ces problèmes contribuent à rendre peu décryptable la vision politique de ce parti. Fortement secoué aux dernières Législatives par la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy, qui a repris à son compte l'idée du dépassement des clivages traditionnels, le MoDem a subi un deuxième choc aux Municipales. Toutefois il peut compter sur la personnalité de François Bayrou - de plus en plus seul - et sur sa position centrale, souvent déterminante en période électorale. Il reste que les concepts développés par son patron aux Présidentielles s'essoufflent aujourd'hui mais l'homme a prouvé plus d'une fois sa capacité à savoir se réinventer.
Après la phase de recomposition du paysage politique français, marquée par l'émergence de personnalités atypiques telles Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, il semble que les choses aujourd'hui soient en train de se stabiliser. Les lignes se fixent, le président revient à des postures plus classiques, l'ouverture est délaissée, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë sont au coude-à-coude dans les sondages, et l'essor spectaculaire du MoDem est désormais retombé. Nous voilà entré dans la grande ligne droite de la Sarkofrance.
(*) La justification européenne : si les principaux dirigeants européens gagnaient deux fois moins que le président français, Nicolas Sarkozy aurait-il divisé son salaire par deux ? La référence à Jacques Chirac, qui cumulait salaire et retraite n'est pas plus valide, faut-il rappeler à Nicolas Sarkozy qu'il n'est pas à la retraite ?
Dans son pamphlet "de quoi Sarkozy est-il le nom ?", Badiou décrit avec justesse un affrontement droite / gauche se résumant à un face-à-face entre le camp de la peur (la droite) et celui de "la peur de la peur" (la gauche). La droite est en effet devenue le camp du mouvement, même si il est réactionnaire et si on devrait parler de contre-réformes et non de réformes, et la gauche a pris en conséquence une posture défensive. Cela a été rendu possible par la défaite idéologique et médiatique qui a préparé et précédé l'échec des présidentielles.
Car à déserter la question sociale, et celle du partage de la valeur, le PS a scié la branche sur laquelle il s'appuyait.
Le mirage du Modem, déjà dissipé moins d'un an après son apparition, a contribué à troubler les esprits. Certains ont pu croire que l'on pouvait limiter le débat politique aux questions institutionnelles et sociétales. Grave erruer. A mon avis, la gauche a grand besoin de réaffirmer un projet de transformation sociale et de défense des classes populaires.
Mais franchement, sur la rémunération du président, la critique est un peu démago. Etait-il normal qu'il continue à gagner moins qu'un secrétaire d'Etat ??
Regardez les salaires des grands dirigeants du privé, vous verrez que nos ministres ne sont pas trop payés. Le président de la République peut légitimement prétendre à une rémunération de ministre. Et tant pis si l'alignement déplait aux grincheux ou jaloux.
je ne suis pas sûr qu'il soit utile pour le PS de jouer, un peu bêtement ou hypocritement, les scandalisés sur cette question du salaire présidentiel. L'action de NS a bien d'autres angles d'attaque plus pertinents, et l'investiture du fiston à Neuilly (qui n'a pas tellement déclenché de protestations à gauche) était bien plus choquante.
Pour critiquer efficacement, encore faut-il être sûr de savoir ce que veut dire être de gauche, ou socialiste, en 2008. L'ampoulée déclaration de principes du 16 avril n'aide pas tellement à y voir plus clair. L'humanisme et la "République sociale" (article 1er de la constitution gaulliste de 1958), l'économie sociale de marché, la régulation du capitalisme, toutes ces idées sont partagées par la droite républicaine contemporaine et ne distingue pas le PS aujourd'hui. La gauche du XIXe et de Blum a changé la vie, celle de Mitterrand-Jospin beaucoup moins. Et maintenant ?
Le mystérieux article 13 aurait mérité d'être développé : "projet de transformation sociale radicale". radicale comment ? radicale jusqu'où ? que sont "les réalités" qui gêneraient l'accomplissement de l' "idéal". On reste sur sa faim. c'est tout sauf clair.
Au final, on aboutit à une compilation de diverses déclarations de droits individuels et sociaux. C'est pas mal mais ça n'a strictement rien d'une feuille de route.
Si le PS revenait à la barre, que ferait-il ? C'est bien joli de ricaner sur la rigueur, mais faut-il refuser le projet de retour à l'équilibre budgétaire en 2012, que nous impose l'Europe ? Cela serait un peu contraire à l'engagement européen de l'article 17 de la déclaration.
Bref, messieurs et mesdames de Solférino, faites un effort de clarté, dissipez le flou ! La France vient de "perdre une année" selon Ségo. Mais bien malin qui peut dire ce qu'aurait concrètement fait ou pas fait l'intéressée, et le PS, à la place de Sarko.
Et ceux qui ont envie de "vendre", répondent à la question "que ferait le PS s'il revenait à la barre?":
- Sans doute pas des miracles, mais certainement d'autres choix, d'autres orientations : peut-être pas l'alignement du salaire présidentiel sur ceux des dirigeants du sacro-saint privé, sans doute pas les cadeaux fiscaux, peut-être un peu plus d'interventionnisme (Art.2, Art.3) un peu moins de marchandisation (Art 6 et Art 7) etc... Bref ! Différemment. La gauche a su transformer la société dans le passé : la 5ème semaine de congés payés, la CMU... alors pourquoi pas demain.
i) Le salaire présidentiel, je ne vais pas revenir longuement là-dessus, même si NS le méritait le moment choisi pour s'augmenter alors que les Français en voient de toutes les couleurs, les justifications que NS a avancées et le fait que cela ne figure pas dans son programme auraient du le faire réfléchir. Mais notre président donne le sentiment qu'il agit d'abord avant de se poser le problème.
ii) La déclaration de principes du PS n'a rien d'une feuille de route, il s'agit de poser les concepts et non pas de s'étendre sur leur implémentation.
iii) Sur les 10 dernières années l'action comparée de Jospin et Raffarin/DeVillepin fournit une multitude d'exemples pour différencier une politique de droite d'une politique de gauche.
Sinon tout à fait d'accord pour critiquer l'investiture de Jean Sarkozy au conseil général, une fois n'est pas coutume je citerai Devedjian "En République les places s'acquièrent par le mérite, par le travail, pas par l'héritage". D'autant plus que sur les terres de Neuilly gagner l'élection revient pour la droite à gagner les primaires...
Mis à part les 35h, le jospinisme et le chiraquisme furent assez semblables : "Surtout pas de vague".
Sans langue de bois aucune (dont raffolaient ses deux prédecesseurs), avec précision et un bon sens désarmant, NS nous a confirmé ce soir qu'une ère nouvelle est arrivée, celle de l'action politique courageuse, déja engagée ailleurs en Europe et que le laxisme mitterrando-jospino-chiraquien a tant retardé.
Evidemment, le chantier ne faisant que commencer, nous sommes au stade du trou béant, des grues, du bruit et de la poussière. A l'instar des riverains de la ZAC de la Bièvre, il n'est pas anormal que les français ralent. Surtout que les conditions climatiques (crise économique mondiale) retardent l'avancement des travaux.
Mais être impopulaire en début de mandat est plutôt bon signe, c'est presque un devoir, c'est la preuve que ça bouge, que les corporatismes sectoriels sont dérangés.
Les quelques couacs et fautes de comportement reconnus par l'intéressé vont se dissiper. Les réformes de bon sens vont se poursuivre, même avec quelques braillards écervelés ou agitateurs de rues (lycéens,...) qui n'ont aucune légitimité.
NS est là pour agir, pas pour durer dans la démagogie et l'action minimaliste. La limitation constitutionnelle à 2 mandats est une excellente chose.
Cela va sans doute continuer à tanguer quelques temps, mais les résultats suivront. Pour le bien de tous.
Franchement Jacques Chirac aurait-il pu faire le PACS, la police de proximité (la droite semble s'aligner sur la gauche depuis peu sur ce sujet) la CMU, l'Allocation personnalisée d'autonomie, le référendum du quinquennat (là aussi Chirac y était d'abord opposé), les emplois-jeunes, les mesures de soutien à la consommation, la réforme sur l'annualisation du temps de travail en contrepartie des 35h ??? Sans doute trouvera-t-on des mesures que l'UMP soutient mais c'est clairement dans son ensemble une politique de gauche.
Au niveau des résultats aussi la différence est claire : la croissance a été durant les années Jospin de 1% supérieure à la moyenne européenne, les déficits réduits, tout comme la dette et le chômage a baissé de plus d'un quart.
En ce qui concerne la politique menée par Nicolas Sarkozy, je suis beaucoup moins enthousiaste que vous. Sa perte de crédibilité et les dysfonctionnements du gouvernement sont inquiétants quand on se veut le champion du changement. Lisez l'article écrit par les Gracques http://www.ps-blr.com/article-19101528.html, il démonte point par point l'approche sarkozienne sans jamais tomber dans la critique facile.