Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /Avr /2008 00:56

Le texte suivant a été présenté en section le 8 avril 2008 pour lancer un débat.

Voilà bientôt un an que Nicolas Sarkozy occupe l'Elysée et les récentes élections municipales viennent de clôturer le premier acte de sa présidence. Les Français ne manquent pas de s'interroger, comme jamais auparavant, sur le style, sur les méthodes et sur les résultats d'un homme qui dénote dans l'histoire de la Vème République. Le style d'abord, poussé parfois jusqu'à la caricature. De sa prestation du G8 aux insultes du salon de l'agriculture, toujours ce manque flagrant d'auto-contrôle. Sans oublier son augmentation de salaire, justifiée de façon scandaleuse (*). L'accès à la fonction suprême ne semble pas avoir engendré, chez Nicolas Sarkozy, de transformation à la mesure des immenses responsabilités qui sont les siennes. Les pouvoirs que confère la Vème République vont de pair avec l'incarnation de la figure présidentielle, porteuse de stabilité et de crédibilité pour qui veut mener des réformes de fond. La méthode employée par le président ne semble pas plus prometteuse, comme en témoigne le contournement du Conseil constitutionnel dans la loi sur la récidive, ou les nombreuses annonces qui se sont soldées par des retraits. L'abrogation des 35 heures, le respect des quotas de pêche européens, l'affaire de la Shoah en CM2, ces exemples traduisent tous une approche impulsive des dossiers et un manque réel de concertation ou de réflexion de fond. Pour les résultats, il est encore trop tôt pour se prononcer mais tout indique que l'attitude ultra-volontariste du président se soit pliée aux exigences du réel. En voulant s'affranchir de l'impuissance du politique, il s'est trop mis en avant et a donc voulu tout contrôler : ainsi est né l'hyper-président. Cette mécanique s'essouffle aujourd'hui, de là naît une perte de crédibilité inquiétante pour mener à bien les transformations exigées par notre pays. La rupture promise peut-elle être mise en oeuvre sans le « choc de confiance » qu'il a lui-même annoncé ? La remontée dans les sondages de personnes comme François Fillon ou Xavier Bertrand, dont les méthodes contrastent fortement avec le président, est une forme de désavoeu pour Nicolas Sarkozy. Alors que ceux-ci sont pourtant réduits à jouer des rôles secondaires au regard de ce qu'exige leur fonction dans une présidence classique.

La popularité de ces ministres est inquiétante pour le Parti Socialiste car elle traduit le fait que les Français gardent les yeux rivés sur la droite. Notre parti reste pour nos concitoyens une force d'opposition plus que de proposition, et tant que le prochain congrès n'aura pas eu lieu, il ne faut pas s'attendre à d'amélioration notable à ce niveau. Le congrès doit relever deux défis principaux : positionner le curseur idéologique de manière adéquate en donnant la définition du socialisme dans l'économie de marché, et affirmer un leader reconnu tant par les socialistes que les Français. Ceci n'est pas une mince affaire car la gauche française, contrairement à ses consoeurs européennes s'est historiquement construite sur l'idée de révolution. Il faudra ici affirmer que la réforme n'est pas forcément la demi-mesure et trancher avec la stratégie développée par François Hollande, fondée sur la recherche du centre de gravité du parti. Stratégie payante pour préserver l'unité du PS à travers des crises majeures telle celle de la constitution européenne, mais ce qui est valable à l'intérieur du parti ne l'est pas forcément à l'extérieur. A trop resté centré sur le parti on risque une déconnexion avec nos compatriotes. Construire une ligne idéologique pertinente c'est aussi donner des repères aux Français. Lorsque George W. Bush parle de l'axe du mal, et donne sa vision binaire du monde ; il fournit aux Américains susceptibles de voter pour lui ces mêmes repères. Peu importe qu'ils soient biaisés et malsains, John Kerry n'a pas su opposer à cette vision sa propre construction rendue claire et intelligible aux yeux de ses compatriotes. Cette approche est déterminante pour la prochaine présidentielle et doit nous permettre de dépasser le stade du socialisme municipal. Et les perspectives sont bonnes pour le PS repassé positif en image lors du dernier sondage TNS-Sofres où plongeait l'UMP. La définition des alliances est aussi au coeur du congrès, tant les directions à explorer sont nombreuses et pas nécessairement compatibles entre elles. D'une LCR qui nous rejette à un MoDem jugé trop central par certains.

Le MoDem, justement. Les Municipales ont été rudes pour le parti de François Bayrou, victime du traquenard palois où l'UMP a tout fait pour maintenir son candidat dans la triangulaire laissant la ville à la gauche. L'avenir du MoDem est aujourd'hui incertain, le désistement de nombreux cadres, la ligne idéologique floue, certaines contradictions de terrain comme le cas de Clamart où le même jour le MoDem a soutenu l'UMP aux Municipales et les Verts aux Cantonales. De plus, si le MoDem peut s'allier au PS ici et à l'UMP dans la ville voisine, quelle ligne ce parti va-t-il défendre dans la communauté d'agglomération ? Tous ces problèmes contribuent à rendre peu décryptable la vision politique de ce parti. Fortement secoué aux dernières Législatives par la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy, qui a repris à son compte l'idée du dépassement des clivages traditionnels, le MoDem a subi un deuxième choc aux Municipales. Toutefois il peut compter sur la personnalité de François Bayrou - de plus en plus seul - et sur sa position centrale, souvent déterminante en période électorale. Il reste que les concepts développés par son patron aux Présidentielles s'essoufflent aujourd'hui mais l'homme a prouvé plus d'une fois sa capacité à savoir se réinventer.

Après la phase de recomposition du paysage politique français, marquée par l'émergence de personnalités atypiques telles Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, il semble que les choses aujourd'hui soient en train de se stabiliser. Les lignes se fixent, le président revient à des postures plus classiques, l'ouverture est délaissée, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë sont au coude-à-coude dans les sondages, et l'essor spectaculaire du MoDem est désormais retombé. Nous voilà entré dans la grande ligne droite de la Sarkofrance.


V. Delos

 

(*) La justification européenne : si les principaux dirigeants européens gagnaient deux fois moins que le président français, Nicolas Sarkozy aurait-il divisé son salaire par deux ? La référence à Jacques Chirac, qui cumulait salaire et retraite n'est pas plus valide, faut-il rappeler à Nicolas Sarkozy qu'il n'est pas à la retraite ?



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