Dimanche 27 avril 2008
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Remarquable article paru dans le NouvelObs écrit par les Gracques, groupe d'anciens haut-fonctionnaires du Parti Socialiste qui plaident pour la construction d'une plate-forme PS-MoDem-Verts. Favorables à la tradition étatique,
ils pensent qu'une économie de marché assumée doit être mise au service d'une logique progressiste et réformiste.
Leur analyse méthodique et rigoureuse des débuts du quinquennat de Nicolas Sarkozy est certes un peu longue et technique, mais très pertinente pour qui veut porter un regard éclairé sur la
politique actuelle du gouvernement.
«Toute la mer est dans une seule de ses gouttes d’eau», disait Spinoza. De même, toute la politique économique de Nicolas Sarkozy est dans le
geste inaugural du quinquennat : le fameux «paquet fiscal». Un péché contre la raison économique, la justice sociale et l’esprit de réforme.
Un péché contre LA RAISON ECONOMIQUE
Le pouvoir d’achat des Français n’évolue plus que de 0,5% à 1% par an depuis vingt ans, contre 3% au cours des décennies précédentes. Il faut désormais trois générations au lieu d’une pour
doubler le niveau de vie.
Est-ce la répartition des ressources qui s’est déformée au détriment des salaires et au profit du capital ? Non. Si le pouvoir d’achat stagne, c’est parce qu’on ne produit pas assez de richesses.
Pas assez d’investissements, de gains de productivité, d’innovations et de travail : dans le classement mondial de la richesse par tête, nous ne cessons de reculer.
Être «le Président de l’augmentation du pouvoir d’achat» ce devrait donc être d’abord le Président des réformes structurelles qui permettent de libérer la croissance et d’en répartir justement
les fruits.
Mais le «paquet fiscal» de 15 milliards d’euros par an est tout le contraire de cela ! C’est la recette éculée de la relance par la consommation. La dernière fois qu’on l’a pratiquée dans les
mêmes proportions – puiser chaque année 0.7 à 0.8% du PIB dans le budget de l’Etat pour l’injecter dans le pouvoir d’achat des ménages – c’était en 1981. Est-ce le meilleur souvenir économique de
la France des dernières décennies ?
Et encore, après 1981 le rendez-vous avec le réel fut immédiat, entraînant le fameux «tournant de la rigueur». Cette fois, rien de tel. Le Premier ministre déclare tranquillement l’Etat en
faillite, quelques semaines après avoir vidé les caisses, mais sans en tirer de conséquences particulières. Pourquoi ? Parce que la chance de Nicolas Sarkozy et la drogue douce des Français,
c’est l’euro. Tous les autres pays -sauf l’Italie- ont fait des efforts considérables de maîtrise de leurs comptes publics et d’amélioration de leur compétitivité. C’est ce qui nous
permet d’être aussi légers et inconséquents, sans subir pour autant la spirale infernale de taux d’intérêt qui montent au ciel, d’un pouvoir d’achat amputé massivement par l’inflation et de
dévaluations en chaîne.
L’euro nous évite de «payer cash» la facture de notre laxisme. Il nous offre l’option du déclin tranquille. Ce qui ne nous empêche pas de le critiquer, et avec lui la banque centrale. Nous sommes
les passagers clandestins de l’union monétaire : ceux qui ne payent pas le billet et qui, en plus, râlent contre le confort du wagon.
Un péché contre la JUSTICE SOCIALE
Au moins la relance de 1981 essayait-elle d’aller vers plus de justice. En 2007, c’est l’inverse : le guichet a été ouvert au profit des catégories les plus favorisées, justement celles qui
consomment moins leurs suppléments de revenus. C’est la «relance Rolex»; la première expérience en Europe - et sans doute, la dernière - d’un «keynésianisme pour les riches».
C’est la redistribution des exclus du marché du travail vers les titulaires d’un emploi. La détaxation des heures supplémentaires - pour un coût de 5 à 6 milliards d’euros - est le nouvel avatar
de la préférence française pour le chômage. L’Etat-Shadok continue de subventionner la réduction du temps de travail tout en finançant les heures supplémentaires ! La plupart de ces heures ainsi
détaxées auraient été faites de toute façon. Les autres ne seront pas proposées aux intérimaires ni aux chômeurs. Dans les quelques secteurs où la main d’œuvre est insuffisante, il aurait été
plus efficace et moins coûteux de libérer la négociation collective et individuelle de la durée du travail.
Deuxième redistribution à l’envers : des locataires vers les propriétaires. C’est la détaxation des intérêts d’emprunts sur la résidence principale (3 milliards d’euros). L’explosion du coût du
logement est la principale cause de la stagnation du pouvoir d’achat réel. Mais les prix montent d’abord parce qu’on ne construit pas assez. La solution est donc du côté de l’offre ! Il faut
libérer le foncier disponible, simplifier l’obtention du permis de construire, densifier les villes, autoriser à faire monter plus haut les immeubles intermédiaires et sociaux. Mais depuis 2007,
on favorise à la marge l’accession à la propriété, pour un coût budgétaire considérable, sans agir sur la quantité de logements offerts. Cela ne fait que soutenir l’inflation immobilière ou
ralentir la chute nécessaire des prix.
Dernier volet, le plus scandaleux : la redistribution du travail vers l’héritage. On avait promis la réhabilitation du travail. Et le premier acte économique est la détaxation de l’héritage ! On
nous avait expliqué qu’on ne détaxerait que les «petites» successions. La vérité est que la loi votée l’été dernier, en faisant passer le seuil de taxation des donations, par parent et par
enfant, de 50 000 euros tous les dix ans à 150 000 tous les six ans, a multiplié par cinq le seuil d’exonération totale d’une succession bien préparée. Le taux d’imposition réel de fortunes de 60
millions d’euros transmises par héritage sera ainsi de moins de 10%. Sans débat, la France est devenue un paradis fiscal pour l’héritage, alors qu’elle reste l’un des Etats qui taxe le plus -à
peu près dix fois plus !- les autres formes d’acquisition du capital, que ce soit le travail, la création d’entreprise ou l’épargne. La seule forme de richesse que tolère une société
conservatrice est bien celle dont on hérite.
On connaissait déjà le poids de l’héritage culturel en France : des stratifications sociales qui se jouent à vingt ans, sur des sélections malthusiennes pratiquées en circuit fermé. Voici venu le
temps où la noblesse d’argent se transmettra comme la noblesse de robe. Les actifs immobiliers et financiers deviennent inaccessibles au travail des classes moyennes, et resteront entre les mains
d’une «France de propriétaires», qui ne seront que des héritiers. Loin de la sagesse du milliardaire Warren Buffet, qui veut pour ses enfants «donner suffisamment pour qu’ils puissent tout faire,
mais pas assez pour qu’ils puissent ne rien faire».
Ce n’est pas seulement une affaire de justice ou de redistribution. Une économie de marché dynamique n’est pas une économie de rente. Les positions acquises doivent y être remises en jeu. Les
actifs improductifs doivent être assez taxés pour que leurs propriétaires soient conduits à les remettre entre les mains de ceux qui en tireront le meilleur rendement individuel et collectif. Il
faut que ça tourne ! C’est exactement l’inverse de ce qu’a organisé le paquet fiscal. On pensait que l’inspirateur de la droite, c’était Guizot – «enrichissez vous par le travail et par
l’épargne». Mais non: la droite balzacienne a choisi comme modèle le père Goriot !
Un péché contre L’ESPRIT DE REFORME
Tout cela ruine l’esprit même de la réforme.
Il y avait longtemps qu’un Président n’avait été élu avec une majorité aussi large, sur un mandat aussi clair de réforme, avec tous les pouvoirs institutionnels pour agir. L’attente du changement
était immense dans toutes les couches sociales. Un an après, la promesse est loin d’être tenue.
On doit à l’équité de reconnaître - outre la relance réussie de l’Union européenne grâce au mini-traité - les réformes menées avec succès. Au premier rang, celle des régimes spéciaux, même si son
bénéfice ne viendra qu’après de longues années de transition ; la réforme de la carte judiciaire, certes menée à la hussarde, mais pour une fois traduite en acte et non en paroles ; et puis le
service minimum, au moins en termes de principes, ainsi que la fusion Unedic/ANPE et celle des impôts et du trésor public. Autant de réformes qui ont en commun de s’être attaquées à des
résistances catégorielles, sur un terrain électoralement favorable à la majorité. Au fond, depuis un an, la droite a surtout réformé ceux qui ne votent pas pour elle.
Sur le contrat de travail, le bilan est plus ambigu. On en arrive au résultat paradoxal de remplacer la promesse de contrat unique par la création d’une catégorie supplémentaire de «contrats de
projet», en compliquant un peu plus le système au lieu de le simplifier. La réforme passe en outre complètement à côté d’une «flexsécurité» à la française, inspirée des réussites
scandinaves.
Il y a eu aussi les «fausses réformes» ou les occasions manquées, celles qui ne traitent qu’optiquement les problèmes.
La réforme des universités, qui a modifié leur mode de gouvernance interne sans traiter les vrais sujets qui fâchent: les droits d’inscription et les bourses, pour plus de moyens et pour mettre
fin à un système où les contribuables les plus modestes payent avec leurs impôts les études gratuites des enfants des classes les plus aisées; l’orientation et la sélection pour mettre fin au
crime qui consiste à écœurer des générations d’étudiants dans des filières sans avenir. Un bout de réforme donc, mollement contestée par des syndicats complices. Mais qui se préoccupe de
l’université ? Nos élites n’y ont presque jamais mis les pieds !
Autre faux-semblant: la loi sur la modernisation de l’économie qui ne modifie pas la réglementation sur l’urbanisme commercial pour continuer de protéger le petit commerce et les grandes surfaces
déjà installées. Le tout au détriment de l’emploi et du pouvoir d’achat des ménages pourtant durement touché par l’inflation des prix des produits alimentaires.
La liste est longue de ces réformes purement optiques : l’engagement écologique du Grenelle qui s’arrête sur la taxe CO2 ; la réforme de l’audiovisuel public qui se noie dans
l’improvisation. Quant au grand projet du RSA, le voilà renvoyé aux calendes, pour cause de disette budgétaire : ce n’est plus le Revenu de Solidarité Active, c’est la Réforme Sociale Ajournée
!
«Nous avons beaucoup plus réformé que nos prédécesseurs» proteste le gouvernement. Oui, mais pas autant que le pays en avait besoin après des années de conservatisme; et beaucoup moins que
Nicolas Sarkozy ne l’avait annoncé. Surtout, aucune des réformes évoquées ne s’attaque au noyau dur des difficultés françaises : sortir d’une société de corporations, de rentes et de castes, qui
bloque la mobilité et la croissance. Le catalogue «technique» des réformes nécessaires existe: commissions Camdessus et Pébereau sur la dette publique, Attali sur la croissance. Mais la majorité
ne veut ni ne peut les mettre en œuvre. Elle peut s’attaquer parfois aux acquis de gauche. Mais pas aux rentes de droite.
En démocratie, pour réformer, il faut de la confiance. Et de l’argent pour indemniser les perdants ou accompagner les changements. Cela vaut pour les taxis, comme pour toutes les restructurations
que l’Etat devra mener et pour beaucoup des rentes qu’il faut supprimer. Mais ayant chanté tout l’été 2007, c’est à dire dépensé avant de réformer, le gouvernement n’a plus les moyens de dépenser
pour réformer. Ayant distribué à ses fidèles un pouvoir d’achat qu’ils ne dépenseront pas, il n’a plus le crédit moral pour engager les vraies réformes structurelles, ni de crédits tout court
pour les financer.
Poussé par les déficits publics, le gouvernement va-t-il au moins engager une vraie réforme de l’Etat et de la fonction publique? Sans doute pas. Avec son catalogue de 140 mesures d’économie
budgétaire, il s’est condamné à menacer chacun et à n’entraîner personne. Et même s’il arrivait à 5 milliards d’économies d’ici 2011, cela ne ferait que le tiers du paquet fiscal, moins du
dixième des déficits publics, à peine un quart de point de PIB. C’est cinq à dix fois moins que ce qu’ont fait nos partenaires ! Rien à voir avec la remise en ordre des finances publiques, en
1958, par le Général de Gaulle qui avait permis à la France d’entrer dans le marché commun. Ni même avec celle de la gauche après 1983. 5 milliards: c’est «l’ardoise» découverte par la Société
Générale, qu’elle a absorbée sans dommage en trois semaines. Et c’est ce que la France ne saurait réaliser qu’en trois ans ?
REPENSER L’EXCEPTION FRANCAISE
A ce train, la gauche reviendra au pouvoir aux prochaines échéances, sur le rejet des injustices, sur l’échec de la promesse de pouvoir d’achat, sur la faillite des dépenses publiques.
Mais la gauche ne devra pas se contenter de prendre le relais en faisant l’impasse sur les réformes. Pour une raison simple : le statu quo profite aux plus forts, pas aux plus faibles ; un Etat
mal géré pénalise les plus pauvres, pas les plus riches ; un manque de productivité favorise les situations acquises, pas l’égalité des chances. Un parti progressiste doit dire la vérité, et pour
commencer renoncer au mythe de l’exception française, qui n’est que le masque des corporatismes. La France rayonne toujours par sa culture, ses scientifiques, ses grands équipements, ses
positions internationales... Mais s’agissant de notre organisation économique et sociale, nous ne sommes désormais vraiment exceptionnels que par nos échecs.
Nous sommes le pays d’Europe qui dépense le plus dans l’action publique, alors que nous redistribuons plutôt moins. Nous protestons contre les inégalités en faisant financer par la TVA payée par
tous -y compris les pauvres-, les services collectifs, les allocations familiales et les niches fiscales qui bénéficient aux classes aisées. Nous consacrons plus d’argent que les autres à
l’éducation, mais nous avons les universités les plus insalubres, les élites les plus fermées, le plus grand nombre de jeunes quittant le système scolaire sans qualification. Nous nous
gargarisons des droits de l’homme mais les conditions de détention de nos prisons sont la honte de l’Europe. Nous avons le plus de dépenses sociales et un plus grand nombre d’exclus. Nous
distribuons plus de crédits à l’emploi et créons le moins de travail. Nous protégeons plus nos emplois, et nulle part n’est aussi forte l’anxiété de le perdre. Nous travaillons de moins en moins,
sans que rien n’indique que les Français en aient perdu le goût ou en aient fait le choix. Nous avons plus de fonctionnaires et de réglementations, mais nulle part n’est aussi faible la confiance
dans l’égalité devant la loi et l’Etat.
Globalement, les inégalités de revenus ne se sont pas accrues sur vingt ans, contrairement à d’autres pays; mais elles sont devenues plus aléatoires, et se sont doublées d’inégalités nouvelles,
entre les jeunes et les autres, entre hommes et femmes, entre les inclus et les exclus, et d’inégalités de patrimoine qui découragent la mobilité et l’effort. Surtout, notre modèle ne laisse plus
assez de place à l’innovation et à la croissance, qui seules garantissent le progrès social.
Voilà pourquoi une gauche moderne ne peut plus se contenter de ses habituelles propositions contradictoires : un impôt nouveau pour chaque problème, mais pas plus d’impôt au total; plus de Smic,
mais aussi plus de salaire moyen et d’emplois; des économies sur le train de vie de l’Etat, mais aussi plus de fonctionnaires mieux payés ; des vœux de développement pour le tiers-monde mais
contre la mondialisation, etc. Elle gagnerait alors peut-être les élections, mais elle se condamnerait à recourir à son double-langage traditionnel, une fois au pouvoir.
La gauche à laquelle nous aspirons devra faire le pari de la réforme juste. Alors, elle saura non seulement gagner, mais elle saura aussi gouverner et convaincre.
La gauche doit redevenir le parti du mouvement économique et de l’ingénierie sociale. Le parti de ceux qui veulent produire plus pour répartir mieux, mettre de la redistribution partout où il y a
du marché, mais aussi du marché partout où il y du statut ou des rentes; le parti qui fait la guerre à la pauvreté, pas à la richesse.
Les solutions existent. Ce sont celles qui ont été appliquées dans les autres pays européens. Sortir du régime d’emploi à vie dans le secteur public et y imposer des gains de productivité ;
protéger les travailleurs davantage, mais pas les emplois ; réformer les aides sociales pour favoriser le retour au travail ; faire payer leurs études supérieures à ceux qui en ont les
moyens mais donner plus de bourses à ceux qui en ont besoin ; prolonger l’activité pour diminuer la charge des générations futures sur la retraite de leurs aînés… Ces réformes n’étaient pas
faciles à «vendre» et pourtant les gauches européennes les ont menées à bien.
La France reste socialement prête à s’engager sur une réforme qui ne soit pas une revanche. Elle sent bien que pour passer d’une société bloquée à une société mobile, pour éviter le «papy-Krach»
et laisser leurs chances aux jeunes, le désarmement doit être multilatéral; chacun ne renoncera à ses privilèges ou à ses protections qu’avec la perspective, pour lui-même ou pour les
siens, de trouver autant d’opportunités grâce à la réforme, que de sacrifices consentis pour elle. C’est pour cela qu’on ne peut pas réformer les «acquis de gauche» - ceux de la fonction et des
entreprises publiques- sans supprimer les «rentes de droite» -celles des professions réglementées- ; qu’on ne peut pas demander des efforts aux cheminots, aux enseignants ou aux fonctionnaires,
sans en demander aux agriculteurs, aux médecins, aux notaires et aux pharmaciens ; après tout, les uns comme les autres vivent des impôts ou sont protégés par des statuts. La réforme, ce n’est
pas «tout ou rien», comme l’a dit trop rapidement Jacques Attali. Mais c’est tout le monde ou personne.
Certes, la réforme coûte avant de rapporter. Car il faut aider ceux à qui l’on demande de s’adapter. Une France «en faillite» en a-t-elle encore les moyens ? Oui à la condition de se doter d’un
«budget de redéveloppement» pour prendre en charge les coûts de reconversion du secteur public ou le coût de rachat des rentes qu’il n’est pas socialement acceptable de supprimer sans
contrepartie. Une politique destinée à réduire les dépenses, pas à soutenir la consommation. Un gouvernement crédible dans ses engagements européens et déterminé à faire les réformes qui ont
réussi ailleurs, saura convaincre ses partenaires à Bruxelles de les financer par des cessions d’actifs ou par l’emprunt.
La vraie contrainte est politique, et elle ne se surmonte que par la transparence, la simplicité, et par-dessus tout l’exemplarité. Transparence du discours: tout dire avant, pour pouvoir tout
faire après. Simplicité du programme: prendre ce qui marche partout ailleurs en Europe. Surtout, la vertu de l’exemple: la crise de la représentation politique est une crise des élites, qui
veulent imposer à tous une flexibilité dont ils s’exonèrent par leur comportement et dont les protègent tant leurs propres statuts que la rigidité de la répartition du capital intellectuel et
financier. Les vraies révolutions débutent par la nuit du 4 août et l’abolition des privilèges.
Transparence, simplicité, exemplarité…La réforme de l’Etat commencera donc par l’abandon de l’emploi à vie dans la haute fonction publique. La réforme du marché du travail par l’interdiction des
parachutes dorés et argentés des cadres supérieurs, et par l’ouverture des métiers protégés. La réforme fiscale par une taxation du capital, de ses revenus annuels et des stocks au moment de
l’héritage, au même niveau que celle du travail. Ce sont les conditions d’une réforme acceptée.
Un an après, qui osera?
LES GRACQUES
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Face à la droite la plus rétrograde depuis 1945, qui sape méthodiquement tous les fondements de la solidarité mis alors en place, il nous faut une gauche pugnace.
Pour battre le néoconservatisme et préparer l'après sarkozy, il faut une gauche radicale et imaginative. Et à mon avis pas ce flou de type bayroutiste qu'il n'est du reste pas étonnant de trouver dans le NO.
Pour les Gracques, le rôle que la gauche attribue à l'Etat pour mener sa politique économique est excessif. Et "La gauche doit être favorable aux entrepreneurs".
Il est fort regrettable que le sujet du partage de la valeur entre capital et travail, et son évolution si défavorable aux salariés depuis 20 ans soient ignorés.
Cela fleure bon la conversion au libéralisme économique : on vilipende les critiques contre la BCE (dont la politique monétaire explique largement le niveau actuel de l'euro), on idyllise "libérer la négociation collective et individuelle de la durée du travail" (ce qui revient à laisser face-à face patronat et salariés dans le rapport de force que l'on sait). On pousse même jusqu'à vanter les régimes spéciaux, la modif de la carte judiciaire, la fusion Unedic/ANPE, ce qui montre en effet que toute la gauche n'est heureusement pas encore gagnée par la "modernité".
Enfin, on laisse échapper un stupéfiant "les inégalités de revenus ne se sont pas accrues sur vingt ans" qui laisse rêveur.
Mais, il y a quelques bons passages sur la noblesse d’argent qui se transmettra comme la noblesse de robe...
Est-ce l'effet Gracques ?
Dommage qu'il soit seulement porté par quelques anonymes et pas par les ténors de gauche qui font constamment dans la médiocre politique politicienne à la petite semaine. Le débat démocratique en serait enrichi.
Les Gracques pourraient aussi jeter le masque et entrer en politique. Facile de critiquer, moins d'agir.
(Reuters) - Le moral des ménages s'est encore dégradé en avril en France pour toucher un nouveau plus bas de ces 20 dernières années, selon l'enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages réalisée par l'Insee et publiée mardi.
L'indicateur résumé de l'opinion des ménages en données corrigées des variations saisonnières recule d'un point à -37, un point bas sans précédent depuis que la série a commencé en janvier 1987.
Vingt-sept économistes interrogés par Reuters s'attendaient en moyenne à un indicateur à -37 en avril.
Les ménages se sont montrés plus pessimistes sur les perspectives d'évolution du niveau de vie en France alors que leur opinion sur son évolution passée s'est améliorée par rapport à l'enquête de mars.
L'enquête a été réalisée du 1er au 22 avril.
Philippe, les Gracques plaident pour un rassemblement PS-Verts-MoDem donc les qualifier de « bayroutistes » est excessif voire injuste. Pourquoi les désigner ainsi alors qu’ils intègrent un parti, les Verts, traditionnellement situés à la gauche du PS ? Le centre de gravité de l’ensemble est précisément en plein PS.
A ceux qui prônent une gauche vraiment radicale, posons une question : quels enseignements doit-on tirer de la période 1981-1983 ? La révolution est sortie de l’histoire, l’approche économique fondée sur le keynésianisme façon 81-83 est dépassée et pourtant toute une partie de la gauche continue à garder les yeux braqués dessus comme autant de symboles sacrés. C’est regrettable, si l’on ne sait pas tenir compte des leçons de l’histoire cela ne présage rien de bon pour l’avenir.
Si je me souviens bien de la dernière campagne présidentielle, les Gracques se situent tout-à-fait à droite du PS...
Sur le fond, je ne pense pas qu'il soit judicieux d'en appeler dans cette affaire à l'histoire , dont les "leçons" ou le "sens" sont pour le moins incertains. Il me semble que le dénigrement non-dit, implicite ou déclaré, des interventions de l'Etat dans l'économie, par une partie des ténors de la gauche, participe de la défaite idéologique qui prépare les défaites politiques.
Comment prôner la lutte contre les inégalités lorsque l'on diabolise le recours à l'impôt, jusqu'à nouvel ordre premier instrument de redistribution ?
Quant à leur appel au "réalisme", je crains que l'invocation d'un monde "d'entrepreneurs" prenant des "risques" n'ait que peu de rapport avec un quotidien marqué par une concentration incessante où les agents économiques qui vivent les plus dangereusement sont les salariés, de loin.
Entreprise de démolition (sociale)
Cacophonie gouvernementale ou tourbillon médiatique destiné à noyer dans un flot de nouvelles diverses et variées des mesures impopulaires ? Les deux à la fois ? Difficile de répondre. Une chose est sûre : de la suppression de la carte SNCF « famille nombreuse » à la fin du remboursement des lunettes, de la baisse du nombre d’enseignants à la réforme hospitalière en passant par celle de l’indemnisation chômage, les dispositions annoncées par le gouvernement français vont dans un seul sens, sans déborder d’un iota de leur objectif : réduire les dépenses sociales. Le tout enrubanné d’un discours policé.
Ainsi, il paraît que l’on doit désormais bannir du vocabulaire toute référence à la « carte hospitalière » (de très mauvaise réputation depuis le début des années 2000, car elle a servi de fer de lance aux fermetures de petits hôpitaux). M. Nicolas Sarkozy, qui a rendu publics, le 17 avril, les grands axes de la « réforme », préfère parler de « nouveau paysage hospitalier » — lequel comptera 200 hôpitaux de moins d’ici 2010. Même souci de forme chez Claude Evin, ancien ministre de la santé et fervent partisan de ce nouveau tour de vis dans lequel il ne voit que « mutations en douceur » — expression plus appropriée, assure-t-il, que « fermetures ». Maternités locales et hôpitaux de proximité disparaîtront donc… mais sans brutalité. D’ores et déjà, on voit se profiler des « déserts médicaux » (il faut parfois faire 80 ou 100 km pour accoucher, par exemple), tandis que les grands centres hospitaliers aux plateaux techniques de pointe sont encombrés pour des soins banals.
Le projet présidentiel confirme une réorganisation en réseau, dont le principe aurait pu être intéressant s’il n’offrait un partage démesurément favorable aux cliniques privées (qui prendront plus en charge la chirurgie et la médecine programmées — plus rentables —, et laisseront au secteur public les pathologies lourdes — plus coûteuses). Il prévoit également de donner tout pouvoir à un directeur unique (exit les médecins et les élus). (…) Or, les vrais problèmes de l’hôpital public — un manque de médecins (avec le numerus clausus, on est passé à 2 500 formés par an contre 8 500 il y a vingt ans), une pénurie d’infirmières, l’organisation des urgences - sont renvoyés à des échéances indéterminées….
Autre secteur en ligne de mire : les prestations sociales. L’allocation familiale majorée pour les enfants de 11 ans est supprimée ; elle ne sera versée qu’à partir de 14 ans et augmentée de 60 euros. Le manque à gagner pour les ménages est évalué à 138 millions d’euros par la Caisse nationale des allocations familiales elle-même (CNAF). Dans le même esprit, le gouvernement avait planifié la suppression de la carte famille nombreuse de la SNCF, qui donne droit à des réductions, compensées par l’Etat, auprès du service public. Devant le tollé général, la décision est suspendue. Tout comme la proposition de la ministre de la Santé, Bachelot, de supprimer le remboursement des lunettes. Mais ce n’est que partie remise, alors que les dépenses d’optique font déjà partie des soins auxquels renoncent les familles, faute de moyens. Le candidat Sarkozy n’hésitait d’ailleurs pas à décréter qu’il fallait « porter les remboursements des lunettes à 50 % »…
Les chômeurs sont également dans le collimateur. Tout demandeur d’emploi étant par définition suspect, le gouvernement vient de décréter que toute personne refusant plus de deux fois une « offre valable d’ emploi » verrait sesindemnités réduites ou supprimées.. Nul ne sait qui définit ce qui est « valable », mais tout le monde sent bien que cela accélèrera la sortie des statistiques — du meilleur effet politique. Il faut quand même rappeler qu’aujourd’hui un demandeur d’emploi sur deux n’est pas indemnisé. Théoriquement, les négociations sur ces questions entre le patronat et les syndicats doivent s’ouvrir dans les prochaines semaines, mais le gouvernement a déjà défini ce que doit être le résultat. Avec le même sens de la démocratie, il a décidé que les négociations sur les retraites, qui devraient être bouclées d’ici août, devaient aboutir à une augmentation du temps de cotisation (41 ans au lieu de 40). D’ores et déjà, quatre retraités sur dix ne peuvent avoir une pension complète, selon la Confédération générale du travail (CGT).
Autre cible : la fonction publique et les services qui lui sont attachés. Dans l’enseignement, 11 200 postes d’enseignants sont supprimés, dont 8 000 dans le secondaire. Ce sont les élèves — et notamment ceux des lycées professionnels — qui sont montés au créneau pour défendre « un enseignement de qualité ». Et pour cause : en moyenne, les classes comptent déjà 27,8 élèves, et même 31 pour les classes de seconde. Certes, les moyens humains ne font pas tout, mais ils demeurent essentiels pour mener des projets pédagogiques novateurs et aider réellement les élèves.
Plus généralement, le gouvernement veut ne remplacer qu’un fonctionnaire de l’Etat sur deux partant à la retraite d’ici 2011. Cela signifie moins d’enseignants, d’agents de l’équipement, de policiers, de soignants… Cette cure d’amaigrissement serait indispensable en raison des déficits budgétaires – effectivement colossaux. D’autant qu’ils ont été gonflés par les cadeaux fiscaux, souvent versés aux plus riches (bouclier fiscal, réduction des tranches d’impôt, etc. ), qui atteignent 15 milliards d’euros depuis l’arrivée de M. Sarkozy à l’Elysée. A comparer avec les 7 milliards d’économies réalisées sur le dos des services publics. Qui a dit que M. Sarkozy manquait de cohérence ?
A propos de la presse réputée de gauche, j'ai assisté lundi à un débat TV à propos de la première année de NS à l'Elysée, auquel participait Joffrin de Libération.
Avec consternation, je l'ai entendu déclarer que la gauche n'est pas très "sérieuse" lorsqu'elle critique certaines "réformes" faites par Sarkozy alors qu'elle avait prévu de les faire également.
Il faut faire très attention à ce genre de discours du reniement.
C'est en suivant cette ligne, comme celle de Valls qui maintenant veut débaptiser le PS, que l'on prépare de futures défaites à des élections imperdables.
Ségolène Royal a jugé que les Français "souffrent" de "la vie chère, (des) promesses non tenues, (de) la place de la France dans le monde qui recule". Ce qu'il faut, c'est "leur dire qu'une autre politique est possible. Et donc il faut faire pression sur ceux qui nous gouvernent pour qu'ils changent de politique".
Face à "une crise mondiale qui est là", Ségolène Royal a estimé que "le pouvoir en place n'a pas pris la mesure de la gravité de la situation".
Interrogée sur le tour de vis dans les dépenses publiques, Mme Royal juge que "bien sûr il faut réformer l'Etat pour qu'il soit plus efficace. Mais il faudrait que ceux qui réforment l'Etat aiment le service public et aiment l'Etat parce que ce que l'on subit aujourd'hui sur le territoire (...) avec la fermeture des tribunaux, des hôpitaux, des écoles, des trésoreries, des services publics de proximité qui font qu'aujourd'hui nous avons une France à deux vitesses" en matière notamment de santé et d'éducation.
Pour elle, "réformer l'Etat, ce n'est pas casser le service public. Réformer l'Etat, c'est mettre du service public au contraire là où on en a besoin, faire des économies là où c'est nécessaire". Ségolène Royal estime que "l'Etat doit assumer ses responsabilités et en particulier garantir l'égalité du développement sur l'ensemble du territoire".
Bonjour à vous,
Je vous souhaite bonne chance et bon courage dans votre combat pour une France juste et forte avec Ségolène Royal. Mobilisons-nous tous derrière la seule personne capable de relever le Parti Socialiste et la France.
Je vous invite a visiter le site de Désirs d'Avenir Haut-Rhin : http://desirsdavenir68.canalblog.com/.
En attendant vos commentaires,
Bonne continuation.
Cyrille COLLIN