Mercredi 21 mai 2008
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Le 7 mai dernier Nicolas Sarkozy recevait à l'Elysée les 262 membres du groupe UMP à l'Assemblée nationale. L'actuel président, non content de s'en prendre à Jacques Chirac, a sonné une charge contre la presse devant des députés peu réceptifs.
Lors de la dernière campagne présidentielle les grands quotidiens nationaux (Le Monde, Le Figaro, Libération) ont sorti les chiffres de temps de parole pour l'année 2006. Le résultat est sans
appel : Nicolas Sarkozy avait réussi à comptabiliser 38% de temps de parole de plus que Ségolène Royal, alors que cette dernière arrivait derrière Jacques Chirac et Dominique de Villepin, le
Premier ministre de l'époque. Au-delà des problèmes posés à l'équilibre de l'exercice démocratique, ces chiffres questionnent, interrogent et dérangent. Comment un simple ministre de l'Intérieur
peut-il être plus diffusé que son supérieur et le supérieur de son supérieur? Michèle Alliot-Marie est-elle
aujourd'hui plus exposée que messieurs Fillon et Sarkozy? Peut-on trouver un précédent dans l'histoire de la Vème République? Mais les simples mesures objectives ne suffisent pas à traduire
l'ampleur du problème. Car on se souvient du malaise provoqué par la révélation du "conseil" que Jean-Pierre Elkabbach demanda à Nicolas Sarkozy pour le recrutement d'un journaliste... Et que dire du licenciement d'Alain Genestar suite à la publication par Paris Match des photos de Cécila
avec son amant à New York. Pour protester contre cette mesure prise par la direction, les collègues d'Alain Genestar se mirent en grève, la deuxième depuis 1968 pour ce journal créé en 1949.
Durant la campagne présidentielle le soutien qu'un quotidien comme le Figaro apporta au candidat Sarkozy fut tout simplement déplacé. Si le fait qu'un journal s'engage n'est pas en soi choquant,
une telle attitude doit rester mesurée. Un minimum de distance est nécessaire à une saine pratique journalistique. Et il n'est pas rare de trouver une différence de ton significative entre les
articles de la presse française consacrée à Nicolas Sarkozy et ceux de la presse internationale. L'ancien maire de Neuilly et président du conseil général des Hauts-de-Seine, département le plus
riche de France, a toujours disposé de ces deux canaux privilégiés pour nouer des contacts avec les plus grands patrons du pays. De ce point de vue-là, Nicolas Sarkozy n'a pas grand chose à
craindre de son rival Jean-François Copé car même si les députés lui ont récemment fait l'honneur d'une standing ovation, ce
dernier n'a pas le même carnet d'adresses pour la simple raison qu'il est l'élu de lieux moins reluisant.
L'actuel Président de la république a beau jeu de critiquer la presse aujourd'hui alors que sa surexposition médiatique a été déterminante dans la construction de sa victoire de mai 2007.
Cependant sa récente attaque est peut-être moins inquiétante qu'il y paraît car elle est le signe d'une indépendance réaffirmée de la presse à l'égard du pouvoir politique. Nicolas Sarkozy est
désormais prévenu, sa prochaine prestation du G8 sera certainement diffusée
en France et pas seulement chez nos voisins...
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