L'ancien Premier
ministre s'est exprimé dans les colonnes du Monde sur les déséquilibres qui affectent la France. Extrait de la partie institutionnelle.
«Il y a les déséquilibres institutionnels. Il était certain que la conception de la présidence affichée par Nicolas Sarkozy serait source de
difficultés. Le pouvoir a besoin de profondeur. Le président, le premier ministre, les ministres, le Parlement doivent exister chacun dans leur plan et jouer tout leur rôle. C'est ce qui garantit
l'efficacité de l'action dans les temps ordinaires et la capacité à absorber les chocs dans les moments difficiles.
En s'attribuant tout l'espace, en court-circuitant ses ministres, en prétendant être la mesure de toute chose, le président a déstabilisé l'exécutif et démobilisé sa majorité parlementaire. Il a
aussi désorienté les Français.
Le pouvoir est une pyramide qui ne saurait reposer sur sa pointe. Le président a altéré sa fonction en prétendant incarner toutes les autres et, par son comportement insolite, il est devenu le
symbole d'une politique confuse. Lui qui se voulait tout-puissant se retrouve affaibli. Le premier ministre, qu'il avait marginalisé, s'est redressé : en agissant normalement, il a bénéficié d'un
effet de contraste.
Cette distorsion imprévue est déstabilisante pour un pouvoir qui, sous la Ve République et hors période de cohabitation, repose sur l'autorité du chef de l'Etat dans l'opinion. Aussi la majorité
est-elle passée en peu de mois de la sérénité à l'inquiétude.
Le retour à l'équilibre dépend d'abord du chef de l'Etat. C'est son image qui est dégradée en France et à l'étranger. Nicolas Sarkozy doit réaliser que, dans l'esprit des Français, l'exercice de
sa charge est en cause. Que ses improvisations sur la religion, la laïcité, la mémoire de la Shoah irritent. Qu'il ne peut prétendre contourner une annulation du Conseil constitutionnel,
puisqu'une telle tentative serait illégale. Que l'espace public où se meut le président est régi par des codes qui excluent le laisser-aller.
M. Sarkozy a le devoir de renoncer à l'illusion de la toute-puissance, à la griserie du bon plaisir, à la fusion de la vie privée et de la sphère publique.»
2
L'image de la pyramide reposant sur sa pointe est astucieuse, mais c'est aussi pas mal de voir un chef de l'exécutif prendre ses responsabilités, mouiller la chemise, et s'engager sur des objectifs et résultats précis. Mitterrand et Chirac préféraient nous rejouer les monarques de droit divin, les rois fainéants se dissimulant derrière une parfaite langue de bois. souvenez-vous de leurs interviews totalement creuses.
Pas une écharde dans le discours de Sarko. Peut-être sa plus grande qualité.
Jospin a deux visages. Celui du meilleur premier ministre depuis 20 ans, en particulier dans le domaine social (35 heures), et économique. Mais il fût aussi le premier à perdre une présidentielle imperdable, après une campagne catastrophique ("mon projet n'est pas socialiste") qui plongea la France dans la honte de l'extrême droite accédant au deuxième tour. Il n'est donc pas le mieux placé pour donner des conseils.
Sur le fond, l'angle d'attaque choisi pour dépeindre l'histrion de l'Elysée semble un peu anecdotique. Mais la dérive institutionnelle est bien là, avec un cercle de consultants autour du président qui a davantage de pouvoir que les ministres d'un gouvernement qui reste seul responsable devant l'Assemblée.
Sur le style, et le climat actuels, ils évoquent furieusement la déliquescence Louis XV (et pas du tout "louis XIV" …).
Et après Louis XV …..