Mercredi 10 septembre 2008
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L'annonce faite ces derniers jours de financer le RSA par la taxation du capital ne nous a pas surpris. Nicolas Sarkozy
nous a habitué à une politique faite de coups d'éclats, de déclarations tonitruantes, quand il ne s'agit pas de décisions prises hâtivement. Dans le flux des réactions, parfois violentes ou passionnées qui se sont succédées, il convient de remettre un peu d'ordre et de s'interroger sur le fond
de cette mesure.
L'impôt est en soi une bonne chose quand il traduit la capacité qu'a notre société à mettre en commun des fonds qui seront utilisés pour le bien de tous. L'impôt est citoyen et porteur de lien
social, il nous rappelle que nous faisons partie d'un tout. De ce point de vue il y a de quoi se réjouir de la tournure que prend les évènements si ce n'est que l'ajout d'un nouvel impôt est en
même temps le signe de deux facteurs bien caractéristiques de la conjoncture actuelle. Tout d'abord comme l'a dit le président "les caisses sont vides": les quinze milliards d'euros du
paquet fiscal feront parler d'eux pendant de nombreuses années et sont la preuve que le RSA ne figurait pas dans les priorités de la majorité. Deuxièmement la situation économique plus que
médiocre met en évidence l'incapacité de ceux qui nous dirigent de trouver de nouvelles recettes, la création d'un nouvel impôt était donc inévitable si l'on voulait maintenir le RSA.
La question est désormais de savoir qui paye. A ce sujet Jean-Louis Tourenne, président PS du conseil général d'Ille-et-Vilaine nous informe que "Les informations qui circulent dans la presse
(...) pourraient laisser croire que Nicolas Sarkozy se serait transformé en Robin des Bois prenant aux riches pour aider les pauvres. Il convient dans cette opération de communication de
regarder la réalité. Le président a fait voter, dans son paquet fiscal, un bouclier à 50%. Les plus riches ne seront donc pas concernés par la mesure envisagée. Les classes moyennes seront
touchées pour peu qu'elles aient placés quelque argent en prévision des accidents de la vie (décès, chômage…). Les personnes modestes (par exemple, les veuves d'agriculteurs en milieu rural),
propriétaires de petits biens qu'elles louent seront taxées alors qu'elles ne sont généralement pas imposables." Nicolas Sarkozy est passé maître dans l'art de manipuler les symboles, quand
il parle de capital il oublie de préciser si il s'agit de celui des classes les plus aisées ou des classes moyennes. Selon Claire Guélaud du quotidien Le Monde "En l'état, le projet
frapperait notamment les 12,5 millions de Français titulaires d'un contrat d'assurance-vie. Lesquels ne se recrutent pas, tant s'en faut, parmi les seuls cadres dirigeants ou professions
libérales: d'après la dernière enquête de l'Insee sur le patrimoine, qui date de 2004, un tiers des ménages avaient à l'époque une assurance-vie. 40,3 % des ménages dont la personne de référence
est ouvrier qualifié et 38,6 % de ceux dont le chef est employé avaient un contrat de ce type."
Le président de la République est confronté à des situations de plus en plus inextricables. Le voilà obligé de créer un
nouvel impôt sous peine de voir sa promesse de RSA disparaître, alors que le même candidat lors de la campagne présidentielle avait mis en avant sa volonté de baisser impôts et taxes. Mais
dans les faits, par la seule force du bouclier fiscal, la charge financière est reportée sur les classes moyennes. On voit bien que la stratégie de communication, relayée par un choix précis du
vocabulaire "taxer le capital pour le travail", -on est presque
dans la dialectique marxiste- a pour objectif d'éviter la colère des classes moyennes. Le mécontentement pourrait aussi venir de son
propre camp. Où est passé le fier Sarkozy vantant les mérites de la droite décomplexée ? Sa majorité, à peine remise du choc de l'ouverture, est désormais contrainte d'accepter une réforme
dont la symbolique lui est inacceptable.
Le RSA fait l'objet d'un consensus national depuis longtemps, les équipes de Lionel Jospin travaillait dessus à Matignon et il était dans le programme de Ségolène Royal. Même sur des sujets qui dépassent les clivages, le président de la République peine à avancer et navigue à vue. C'est fort inquiétant pour l'avenir car
brouiller les cartes ne peut être qu'une stratégie temporaire et la conduite des affaires du pays exige bien plus de profondeur.
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