Mardi 21 octobre 2008
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Michel Platini, ancienne capitaine de l'équipe de France de football et président de l'UEFA, l'Union Européenne de
football. Il s'est récemment exprimé dans les colonnes du Monde sur les sifflets entendus lors du matche France-Tunisie au
Stade de France alors que l'on jouait la Marseillaise.
Il y a trente ans, quand je jouais avec l'équipe de France, La Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l'époque, les politiques ne s'intéressaient pas au football et ça ne
choquait personne. Aujourd'hui, c'est devenu une obligation pour un homme politique, en fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde
politique car cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n'a rien à voir avec le sport.
Je ne vois pas dans les sifflets qu'on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais
simplement des manifestations contre un adversaire d'un soir, en l'occurrence l'équipe de France, que l'on veut battre. Dans d'autres occasions, je suis certain que les mêmes jeunes qui ont
sifflé La Marseillaise, mardi soir, chantent l'hymne national quand l'équipe de France dispute un match de l'Euro ou de la Coupe du monde.
[...] Si l'équipe de France joue en Azerbaïdjan et que La Marseillaise est sifflée, le président [Sarkozy] fait arrêter
le match? Lors du Mondial 1982, en Espagne, le Cheikh Fahd [président de la fédération du Koweït] était rentré sur le terrain pour faire annuler un but : l'arbitre qui avait accédé à sa demande a
été suspendu à vie. Il y a des règles qui régissent le football et elles sont édictées par la FIFA [Fédération internationale de football] et l'UEFA. Le règlement prévoit qu'un match peut être
arrêté, et j'y suis favorable, en cas d'acte de racisme par exemple. Mais ce n'est pas à une autorité politique de décider : la responsabilité incombe à l'arbitre et au délégué du
match.
[...] Il y a 10 ans, quand la
France a gagné la Coupe du monde et que tout le monde chantait La Marseillaise et brandissait le drapeau bleu-blanc-rouge dans les rues, on célébrait la France "Black-Blanc-Beur". Aujourd'hui, on
explique le contraire. A mon époque, déjà, il y avait des immigrés italiens et polonais. La différence, c'est que maintenant, il y a une récupération politique.
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Personnellement, mon étonnement ne vient pas de ce comportement, que bien sûr il convient de resituer dans le cadre s'un stade de foot, mais plutôt de la passivité politique des banlieues.
En ce qui concerne les huées de jeunes Français, j'avoue avoir été très perturbée par leur comportement. La "Marseillaise " a été créée à l'époque de la Révolution française, elle est l'un des symboles de la République. Pendant la Seconde Guerre, l'occupant allemand a interdit aux Français de chanter la Marseillaise sans que Vichy ne proteste . C'est alors devenu le chant des Résistants. Écolière dans les années 50, on m'a raconté que dans une école primaire de Rueil-Malmaison les élèves ont pris l'initiative en pleine période d'Occupation de chanter l'hymne national sur l'estrade de la distribution des prix. Toute l'assistance s'est levée et l'a écouté en silence. C'était là vraiment un acte de courage, un acte de résistance.
Il est possible que l'éducation civique ne soit pas suffisamment enseignée de nos jours. Dommage car c'est un ferment de la cohésion sociale.
Les réactions à ce non-événement expliquent largement l'événement lui-même. Une population toujours et encore suspectée, disqualifiée, stigmatisée a d'autant plus de mal à se reconnaître dans le drapeau français qu'elle se sent sans cesse menacée de répudiation.
Nous sommes dans un pays où l'immigré est officiellement considéré comme une menace contre l'identité nationale, et où l'on utilise couramment un vocable raciste comme "immigré de la deuxième génération".
Le vrai scandale est là, et dans les propos du ministre des sports, parmi d'autres, pas dans les sifflets de gamins.