Lundi 13 avril 2009
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Le candidat Sarkozy proposait lors de la campagne présidentielle d'importer des Etats-Unis les mesures pour faciliter et développer le crédit hypothécaire, de véritables subprimes
à la française.
La crise que nous traversons actuellement n'est pas faite que de licenciements, d'expulsions de domiciles et de tragédies
humaines en tous genres. Elle est aussi le lieu de spectaculaires revirements que personne n'aurait cru possible il y a peu. Et quiconque se serait hasardé à les prédire se serait fait traiter de
fou sur le champ. Car qui pouvait croire que celui qui a dirigé la Banque centrale américaine pendant plus de 18 ans, reviendrait sur les fondements de sa théorie libérale? C'est un Alan
Greenspan effacé et en pleine repentance qui a lâché lors de son audition devant la Chambre des représentants être en «état de choc» pour avoir cru «pendant 40 ans ou plus que cela fonctionnait
exceptionnellement bien» alors qu'il y avait une «faille». En France on a du mal à deviner qui a dit que notre pays «jouit d’un système de protection sociale exceptionnel qui protège ses
citoyens contre le risque des maladies, du chômage et de la vieillesse. Il nous coûte une part de la croissance lorsqu’elle existe mais il nous protège aujourd’hui de la
crise» : il
s'agit d'Ernest Antoine-Sellière. Et l'ancien patron du MEDEF n'hésite pas à rajouter que nous évoluerons vers une «une social-démocratie égalitaire et militante». On pourrait trouver d'autres exemples
tout aussi surprenant de banquiers, patrons, politiciens faisant marche arrière. Il en manque toutefois un dans cette liste qui serait pourtant bien inspiré d'en faire autant: Nicolas
Sarkozy.
A force de répéter à tout bout de champ qu'il veut moraliser le capitalisme on est en droit d'attendre des faits concrets. A commencer par sa promesse de faire «voter dès l'été 2007 une loi
qui interdira la pratique détestable des golden parachutes, parce que c'est contraire aux valeurs qui sont les miennes.» Déjà presque deux ans de perdus, deux ans de pratiques immorales,
précision importante : si cette loi est votée après la crise elle aura perdu beaucoup de son sens. Et que dire des cadeaux faits aux banques sans avoir exigé la présence de l'état dans leurs
conseils d'administration. La question n'est évidemment pas de savoir si il faut ou non sauver le système bancaire (évidemment que oui!), elle est celle de la contrepartie imposée aux banques.
Mais il y a plus étonnant encore... Lors de la dernière campagne présidentielle le candidat Sarkozy déclarait «Les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d'Europe. Or, une
économie qui ne s'endette pas suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C'est pour cette raison que je souhaite développer
le crédit hypothécaire pour les ménages (...). Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement. Il faut réformer le crédit
hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien
hypothéqué. Ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants.» On connaît la suite, dès que les prix de l'immobilier se sont
effondrés des millions d'Américains aux revenus modestes ont été jetés à la rue. Difficile de croire qu'il ait pu proposer de «changer les règles prudentielles imposées aux
banques» et on
ne peut oublier qu'avant d'avoir développé ces analyses, il avait été ministre de l'Economie et des Finances!
Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut inventer de nouvelles règles, poser de nouvelles bases. Analyser les
catastrophes engendrées par le capitalisme financier passe nécessairement par la reconnaissance de ses
propres erreurs. Faute de quoi les leçons ne seront pas tirées et la rupture avec ces dérives libérales
n'aura pas lieu.
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