Jeudi 1 octobre 2009
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Petit tour de la blogosphère pour cerner plus en profondeur la complexité d'un tel dossier.
[...] Malgré les
apparences, l’extradition est une décision politique. D’ailleurs, en France, c’est le Premier ministre qui prend un décret pour entériner une telle mesure.
Si l’on devait définir l’extradition, on dirait que c’est la décision d’un état souverain de livrer à un autre état, dit
requérant, un individu afin qu’il soit jugé ou, s’il a déjà été condamné, pour qu’il purge sa peine.
En France, c’est réglé par les articles 696 et suivants du Code de procédure pénale et régi par une multitude de
conventions internationales. Le principe étant que la France, comme d’ailleurs de nombreux pays, n’extrade pas ses nationaux. Raison pour laquelle, c’est probable, les États-Unis ont
préféré s’adresser à la Suisse.
Ce qui permet à quelques ministres trop bavards de notre République de crier à l’injustice, au scandale, et de
s’époumoner contre cette Amérique « qui fait peur », comme nous dit Mitterrand II.
Voyons, voyons… Que se serait-il passé si les États-Unis s’étaient adressés à nous ?… Pas question d’extrader Polanski,
il est français. On doit donc, c’est la loi (art. 113-6 du C. pén.), l’arrêter et le juger en France. De quoi est-il soupçonné ? De viol sur mineur de 15 ans. Alors, M. Kouchner feuillette le
Code pénal, et il découvre qu’il encourt une peine entre 5 et 20 ans d’emprisonnement, en fonction des circonstances. Il est vrai qu’il n’y a pas si longtemps, aux E-U, il aurait risqué la mort.
Car ce n’est que l’année dernière que la Cour suprême a décidé que la peine de mort ne pouvait être appliquée qu’aux meurtriers. C’est ainsi qu’un certain Patrick Kennedy, qui avait violé une
fillette de 8 ans, a sauvé sa peau. À noter au passage qu’à l’époque, le candidat Obama s’était montré défavorable à une telle mansuétude. Mais quid de la prescription ? Problème d’école, mais il
semble bien qu’en droit français le réalisateur aurait pu en bénéficier. [...]
Ses soutiens [NDLR de R. Polanski] ont-ils tort d'invoquer la prescription ?
Absolument car cet argument est juridiquement faux. La prescription suppose une inaction. Tout nouvel acte fait
repartir le délai à zéro. Or la justice californienne n'a jamais lâché l'affaire. Preuve en est, le mandat d'arrêt international émis en 2005. Et Polanski savait que l'affaire était encore en
cours puisqu'il paie des avocats pour faire des recours et qu'il avoue lui même faire attention aux pays où il met les pieds. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il n'est même pas allé chercher
son Oscar pour Le Pianiste en 2003 à Los Angeles. Bref, Roman Polanski a reconnu les faits et cherche à échapper à la justice depuis trente ans.
Que reprochez-vous aux artistes qui le soutiennent ?
On attaque un des leurs, les artistes le défendent : c'est du corporatisme. À l'inverse, lors des débats sur Hadopi,
certains artistes réclamaient une sévérité impitoyable contre les téléchargeurs, quitte à bafouer un droit fondamental. Cela creuse le divorce entre les artistes et l'opinion publique. Je suis
également en colère car ceux qui s'insurgent contre cette arrestation invoquent de mauvais arguments, ils ont tort juridiquement et moralement. Par exemple, lorsque le réalisateur Costa-Gavras
affirme que la victime "avait 13 ans mais en paraissait 25", il enfonce Polanski plutôt qu'il ne le défend.
[...] Le fait est que la prison, le procès et la psychanalyse aidant, j'ai fini par saisir une subtilité qui jusque
là m'avait échappé et qui, je l'avoue, était sinon à l'origine de mon acte, tout du moins un élément déclencheur de ce que j'infligeais à ma victime. Comme j'ai pu constater, suite à l'affaire
Polanski, que cette subtilité vous échappe à tous deux, je m'empresse de vous en faire part. J'ai appris à mes dépends, mais aussi et surtout aux dépends de celle à qui j'ai fait tant de mal,
qu'une gamine de 13 ans ne peut en aucun cas donner son consentement pour une relation sexuelle avec un adulte. Je le répète, il est impossible qu'elle donne son consentement, y compris
lorsqu'elle est explicitement demandeuse, c'est vous dire combien certains font fausse route et pourquoi je fus très justement condamné pour viol. Si vous me demandiez la raison de cette
impossibilité, je vous répondrais ce par quoi je commençais ce paragraphe. D'où, Messieurs les ministres, la nécessité de répondre de ses actes devant la justice, devant la victime et de les
revoir, les mâcher, les ruminer, jour après jour, nuit après nuit. Tout cela bien sûr dans la douleur, les larmes, la contrainte, l'humiliation, la honte et la solitude de la prison. Travail
qu'on ne peut nullement réaliser dans le strass et les paillettes. Travail que vous, Messieurs les ministres et tous ceux qui protègent Polanski depuis si longtemps, l'avez empêché de réaliser.
[...]
4. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, sur Europe 1, le 27 septembre 2009
Si le monde de la culture ne soutenait pas Roman Polanski ça voudrait dire qu'il n'y a plus de culture dans notre
pays. Je suis très ému en en parlant parce que je trouve que c'est une chose épouvantable et totalement injuste. Roman Polanski est un cinéaste de réputation internationale et c'est une émotion
très très profonde car Roman Polanski est un homme merveilleux. Et de le voir ainsi jeté en pâture pour une histoire qui n'a pas vraiment de sens et de le voir ainsi pris au piège, c'est
absolument épouvantable.
De la même manière qu'il y a une Amérique généreuse il y a aussi une certaine Amérique qui fait peur. Et c'est cette
Amérique là qui vient de présenter son visage.
J'apporte mon soutien à Roman Polanski, le Président de la République suit ce dossier très attentivement, j'ai eu
l'occassion d'en parler avec lui ce matin et je pense qu'il est au même diapason d'émotion que moi et que tous les Français. Je pense que tous les Français doivent être avec Roman Polanski
dans cette épreuve.