Jeudi 8 mars 2007
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L'effet Bayrou donne l'illusion d'une cohérence mais pose bien des problèmes de fond.
François Bayrou n'en finit plus de progresser
dans les enquêtes d'opinion ! Même si son électorat est jugé très volatile, il convient de s'interroger sur les raisons d'un tel succès.
Les deux principaux partis politiques ont su se renouveler en proposant des candidats dont le style et la manière tranchent avec leurs appareils respectifs. Ségolène Royal a analysé en profondeur
les maux de la société française : crise du politique, délitement social, perte des valeurs, ... Et elle a su proposer des mesures efficaces pour y répondre, on retiendra ici la plus emblématique
: celle de la démocratie participative. Le concept a beau être pertinent, testé et éprouvé ailleurs il reste neuf en France. Sa campagne est donc plus compliquée, elle doit convaincre mais aussi
informer, voire éduquer. La candidate socialiste a fait de sa condition féminine le symbole du changement attendu par les Français et nous savons tous qu'une femme présidente sera le déclic d'une
nouvelle révolution des moeurs. Mais est-ce que tout cela ne va pas trop vite pour une certaine partie du pays ? Sous bien des aspects Ségolène Royal semble en avance sur son temps, ce qui pour
la conquête - et non pour l'exercice - du pouvoir constitue un handicap. A l'opposé Nicolas Sarkozy représente certains des aspects les plus monarchiques de la Vème République. Son ascension
politique en est un des exemples les plus frappants : prise de Neuilly en court-circuitant Pasqua, choix de Balladur contre Chirac - son père en politique - en 1995, affaire Clearstream, RG, ...
Une conception du pouvoir qui est à l'origine de la crise du politique. Entre ces deux styles diamétralement opposés, Bayrou a su se glisser. Plus lisse, plus sécurisant car il va dans le sens du
plus grand nombre : "ni de droite, ni de gauche" aime-t-il répéter. Un tel choix est pourtant problématique dans un pays en pleine mutation. Partout dans
la presse on voit que le pays entre à reculons dans la mondialisation, que le modèle français est dépassé, qu'il nous faudra évoluer vers les modèles scandinave ou anglo-saxon, ... Pour répondre
à ces défis nous avons besoin d'une politique claire et cohérente. Or François Bayrou déclare aujourd'hui ne pas savoir s'il s'associera aux socialistes, à l'UMP ou bien aux deux !!! Les grands
choix de société qui nous attendent seront donc déclinés en fonction d'hypothétiques partenaires PS et UMP qui jusqu'à présent ont montré peu ou pas de compatibilité, ni même d'envie... Où
va-t-on ? On sent bien qu'à l'approche de ces changements irréversibles notre pays est frileux, le doute s'installe et le recours au modèle gaulliste de 1945 ressurgit. Mais il est plus la
traduction de peurs que le fruit d'une réflexion poussée. Qui plus est la posture de François Bayrou ne sera en rien une nouveauté avec pour seul partenaire l'UMP.
Ainsi le "vrai projet" pour la France du candidat de l'UDF n'existe pas encore. Contrairement à ce que font croire
les sondages, la dynamique Bayrou n'est toujours pas enclenchée : pour l'instant il pose
plus de questions qu'il n'apporte de
réponses. Le problème de la construction d'une majorité à l'Assemblée Nationale va aussi être posé. Michel Rocard
l'a expérimenté en 1988. A peine nommé Premier ministre, il a vu le Parti Socialiste perdre 1 million de voix aux Législatives par rapport aux Présidentielles. Afin de se constituer une majorité
il a du sans cesse faire appel aux voix du centre. Un de ses plus farouches opposants, défenseur de l'unité UDF-RPR se nommait alors ... François Bayrou !
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