Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /Mars /2007 10:14
Diplômée de l’école d’ingénieur polytechnique de Marseille, Rand Fahmi travaille au Conseil Régional d’Ile-France en tant que chargée de mission à l’élaboration et à l’application de la politique énergétique locale. Son engagement politique l’a conduite à prendre une part active au sein de la section PS de Bourg-la-Reine depuis plus d’un an. Entre la lutte contre le réchauffement climatique et la nécessité de préparer une société de l’après-pétrole, elle défend sur ce sujet la maîtrise de l’énergie et le développement à l’échelle industrielle des énergies renouvelables pour que celles-ci prennent leur part légitime dans le mix énergétique de la France et de l’Europe. Comme Ségolène Royal, elle est convaincue que l’investissement dans les sources d’énergies propres (solaire, biomasse, éolien, biocarburants…) constitue une formidable opportunité qu’il ne faut plus tarder à saisir.

Sigles utilisés
Loi  POPE  du 13 juillet : loi de programmation sur l’orientation de la politique énergétique
ENR : ENergies Renouvelables
GES : Gaz à Effet de Serre
GIEC : Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat


Le développement durable ne saurait faire sens tant que la question de l'approvisionnement énergétique n'aura pas été clairement tranchée en faveur de la préservation des ressources et de la maîtrise du réchauffement climatique.

Comme au sortir de la seconde guerre mondiale, de nombreux pays, dont la France, se trouvent à une croisée de chemins pour définir une politique énergétique qui les engageront sur plusieurs décennies. Or aujourd’hui le contexte de décision est bien différent de celui qui prévalait à la moitié du siècle dernier où les préoccupations majeures étaient d’affirmer la robustesse de sa nation et de propager le service énergétique à l’ensemble des citoyens. Dans le cas de la France, ces deux objectifs ont été largement atteints : sur l’ensemble du territoire, nos concitoyens peuvent bénéficier d’un service électrique de haute qualité et son appartenance au G7 démontre qu’elle occupe un rang des plus enviables sur la scène internationale.

Pour tenter d’appréhender en partie la difficulté qui caractérise l’enjeu énergétique, il faut d’abord comprendre que les nations sont prises en tenaille sur la stratégie énergétique à développer à cause du paradoxe suivant.

Le consensus mondial, issu du protocole de Kyoto et conforté par le sommet récent tenu par le GIEC en France, invite les puissances publiques à une démarche vertueuse qui passe par favoriser les énergies alternatives face aux énergies fossiles, principales responsables des émissions de GES.

Autrement dit, l'impératif de réduction des émissions de GES s'applique en tout point du globe. Théoriquement, chaque pays, et ce quelque soit son niveau d'industrialisation, doit y répondre dans une démarche collective de conservation de la planète.

Le problème est que les ressources d'hydrocarbures sont détenues par une poignée de pays (grossièrement au Moyen-Orient pour le pétrole et en Russie pour le gaz) qui peuvent alors être tentés d'en faire une arme de chantage quand les négociations ne tournent pas à leur avantage.

Ainsi, ce risque géopolitique qui pèse sur la sécurité d'approvisionnement entraîne nombreux pays à se départir de la cohérence globale pour se replier sur une stratégie énergétique nationale, dès lors qu'ils en ont les moyens, ce qui est loin d'être le cas pour tous.


Or avec une production nucléaire par tête la plus importante dans le monde, la France, plus que toute autre nation, est confrontée à un choix singulier sur l’avenir de son parc nucléaire. S’il fallait énoncer la problématique, elle serait probablement celle-ci :

« Comment ne pas approuver pleinement la relance du nucléaire (d’ailleurs actée par la loi POPE de 2005) alors qu’il répond au double besoin de d’être inoffensif pour l’environnement en terme de rejet de CO2 dans l’atmosphère et d’assurer l’approvisionnement en électricité du territoire français. Et ce d’autant plus que la France a acquis un savoir-faire en la matière qui fait largement autorité et qu’elle exporte ? »

Or les arguments existent :

1/ Compte tenu de l’âge des centrales qui dépassera les 40 années à l’horizon 2020, l’ampleur des investissements à venir est énorme pour renouveler le parc. Or le risque de voir porter tout l’effort budgétaire sur le nucléaire porterait définitivement préjudice au développement à grande échelle des énergies renouvelables qui n’attendent que cette étape (la France étant déjà en retard face à l’Allemagne, le Japon ou les USA pour ne citer qu’eux) et fait courir le risque de mettre en berne des technologies prometteuses et éprouvées, de ruiner des potentiels de recherche, des filières d’emplois, des dynamismes locaux.
Actuellement l'EDF a débloqué une tranche de 3,3 milliards d'euros pour la reconstruction de la centrale de Flamanville,  en même temps elle a consacré 3 milliards d'euros à la construction d'éoliennes. Ce premier programme permettra de préciser le coefficient moyen d'utilisation des éoliennes et par conséquent d'évaluer les coûts de kwh éolien et celui du kwh nucléaire

2/ Bien qu’il ne soit pas imminent comme le réchauffement climatique, le risque écologique de l’enfouissement des déchets ne peut être décrété comme nul.

3/ Le mode de production de l’énergie nucléaire étant centralisé, c’est un autre type de risque qui pèse sur l’approvisionnement que celui du chantage des vannes fermées que pourraient exercer les producteurs de gaz et de pétrole : celui des attentats.

4/  Si marginale à la fois en Europe et dans le monde par la prédominance du nucléaire dans sa production électrique, le discours de la France sur le volet énergétique risque le hors champ quand il s’agira de défendre le transfert de technologie (notamment aux pays en voie de développement). Car transférer la technologie nucléaire continuera d’être en proie aux soupçons quand transférer la technologie des ENR amène un consensus puisqu’il entre dans le mécanisme de développement propre.

5/ Contrainte par les directives européennes portant sur la libéralisation du secteur  énergétique, la France sera de plus en plus en difficulté pour maintenir l’avantage tarifaire sur la fourniture d’électricité que lui confère jusque-là le nucléaire.

6/ Le nucléaire n’encourage pas « l’intelligence des territoires » alors que les collectivités territoriales sont à considérer comme un moteur principal dans l’édification du futur énergétique et la promotion des ENR.

 7/ Enfin, cela crédibilise les appétits en nucléaire de nations sur lesquelles pèse le doute de son application, la frontière entre la civile et la militaire pouvant paraître indiscernable.


Néanmoins, le but n’est pas d’infliger un mauvais procès au nucléaire puisqu’il possède des atouts certains mais d’en faire le meilleur usage car si le nucléaire charrie des promesses d’avenir (à condition, comme pour d’autres domaines, de rester vigilent sur la sécurité et le traitement des déchets), les énergies renouvelables et alternatives aussi. Plus précisément en terme de décentralisation de l’énergie et de modèle de coopération tant il est vrai qu’elles illustrent si justement le paradigme "pensez global, agir local".

A la fois premier symbole de souveraineté et enjeu de société, le volet énergétique reste de ce fait éminemment politique. L’objectif de Ségolène Royal de ramener la part du nucléaire à 50 % dans la production électrique à l’horizon de 2020 est donc hautement cohérent dans la mesure où des efforts financiers très importants seront consacrés à la mise au point et à l’industrialisation des ENR.

Le mix énergétique doit donc prévaloir aussi en France ce qui implique de dégager un champ viable pour les autres sources (solaire, éolien, biomasse…) en abaissant proportionnellement la part du nucléaire et de savoir composer entre les activités qui nécessitent une centralisation de la production et celles qui peuvent profiter d’une énergie locale … c’est là aussi une idée d’ordre (énergétique) juste.

Bien qu’idoine, la position du PS est courageuse et va de l’avant pour que la mutation énergétique soit la plus profitable possible à l’ensemble de la société. Il ne s’agit plus de faire preuve de puissance mais de mettre à profit les découvertes réalisées pacifiquement sur les divers modes de production énergétiques et les nouvelles technologies de l’énergie pour un partage raisonné des ressources.

Enfin, il ne faut pas oublier que toute production d'énergie est coûteuse,  elle cause d'une manière ou d'une autre des nuisances. Il convient donc de mieux utiliser l'énergie en luttant contre le gaspillage. D'où l'importance de penser avant tout à réaliser le maximum d’économies d'énergies.

Pour conclure, si la France possède l’excellence nucléaire, rien ne lui interdit de se doter d’autres volets d’excellence… à condition de marquer le pas dès maintenant.

A explorer
Libres propos : la France et l'énergie nucléaire
le débat "Conjuguer environnement et développement"



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