Lundi 2 avril 2007
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Les révolutionnaires de 1830 ont réintroduit le drapeau tricolore en l'opposant au drapeau blanc,
représentant la monarchie prônée par les Bourbons. Dès lors il s'impose comme symbole national.
Les trente dernières années ont été en France marquées par des crises successives. Celle du chômage a non seulement frappé les
plus jeunes et les plus anciens mais aussi rompu l'équilibre existant entre secteur public et privé, fondé qu'il était sur la sécurité de l'emploi en contrepartie d'un salaire bien moins
élevé. Quant à la crise du logement elle a accentué la ghettoïsation et limité le pouvoir d'achat de bien des
familles. L'écart entre propriétaires et locataires est aujourd'hui plus grand que jamais. Les inégalités progressent, la pauvreté explose à tel point qu'une nouvelle catégorie est apparue: les
travailleurs pauvres. Travail, capital, habitat, le délitement social opère dans toutes les directions. Dès lors la tentation est grande de trouver refuge dans sa communauté ethnique ou
religieuse, ou de se sentir stigmatisé dans son appartenance à une catégorie sociale. A l'heure où de nouveaux pays continents émergent et affichent leur puissance, l'Europe est en panne. On a
longtemps cru qu'elle pouvait servir de substitut à la Nation, or il n'en est rien. D'autant plus que la crise constitutionnelle n'a toujours pas débouché sur quelque chose de constructif. Tout
comme les émeutes de novembre 2005...
Face à ce constat un retour aux fondamentaux s'impose. Le point commun entre citoyens, le socle sur lequel
nous reposons c'est celui de la République et plus profondément encore celui de la Nation.
Le nationalisme droitard du XIXème siècle, la
poussée d'extrême droite des années 30 et l'épisode de Vichy ne sauraient nous faire oublier que
la Nation est historiquement née à gauche. Marseillaise et drapeau tricolore sont d'authentiques attributs
révolutionnaires. Car comme le dit l'historien et académicien Pierre Nora : "le nationalisme nous a caché la
Nation". La récupération des symboles incarnant le pays (Jeanne d'Arc, drapeau bleu blanc rouge, ...) par l'extrême droite a atteint son paroxysme lorsque Jean-Marie Le Pen a prononcé il y a peu
un discours à Valmy. Signifiant par là son intention de s'approprier désormais ceux de la République. Quant à Nicolas Sarkozy son projet de lier identité nationale et immigration est des plus
critiquables. Car l'altération de l'identité nationale est la cause de facteurs bien plus marquants. L'invasion de 1940 a donné aux Français une conscience de colonisés, la perte de l'empire qui
a suivi a imposé une redéfinition forcée de l'espace national, les défaites militaires ont créé la nécessité de repenser la place de super puissance, la perte de la monnaie, la dilution de la
France dans l'Europe, la décentralisation. Tous ces éléments ont bien plus marqué notre identité que la seule immigration qui fait une fois de plus, office de bouc émissaire. La gauche doit donc
pouvoir s'emparer de cette thématique nationale car en plus de sa légitimité historique, elle seule saura le faire de manière saine et mesurée. Comme l'a prouvée son attitude combative lors la
loi relative aux "aspects positifs de la décolonisation", la gauche sait tirer les leçons du passé.
Ainsi la reconquête amorcée par Ségolène Royal des symboles de la Nation ne s'inscrit pas seulement dans le cadre d'un combat politique, elle est censée redonner des valeurs à une société
déboussolée, fortement marquée par 30 ans de crise et un vide européen. Ce thème étant par définition au coeur d'une campagne présidentielle il était grand temps de s'en emparer!
"La gauche est
internationaliste. Mais il faut donner une réassurance sur l'identité nationale, qui a besoin d'être consolidée au moment où les Français s'inquiètent de la dilution de la Nation dans la
mondialisation. Jaurès lui même a réconcilié l'idée de Nation et celle d'internationalisme. Au point d'en mourir d'ailleurs! La Nation, je vous le répète, n'est pas incompatible avec l'ouverture. Ni du côté du local, et je suis de ce point de
vue la seule candidate à proposer une régionalisation. Ni de l'autre
côté, avec le fait européen. Mais cet enjeu-là est considérable au moment où on observe une confusion des valeurs, une montée des désordres, un doute sur les marges de manoeuvre de la
politique."
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