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Après avoir fait une campagne vantant les mérites de la droite décomplexée, Nicolas Sarkozy a choisi d'intégrer au gouvernement des personnalités de
gauche, désoriantant nombre de sympathisants et militants UMP.
A l'heure où la soit disant «ouverture» continue à faire parler d'elle, il convient de s'interroger sur les conséquences politiques de son action. Une précision lexicale s'impose avant toute chose, le terme d'ouverture est ici complètement dévoyé et l'emploi même du mot pose problème. Car comment parler d'un gouvernement d'ouverture s'il ne pratique pas une politique d'ouverture? C'est en fait son contraire que Nicolas Sarkozy met en oeuvre : baisse des droits d'héritage, baisse de l'impôt sur le revenu, bouclier fiscal, augmentation de la TVA,... A vrai dire il s'agit de mesures de droite dure que bon nombre de ministres d' «ouverture» ont combattu bec et ongles ces dernières années. La France a connu par le passé des gouvernements d'union nationale mais les ministres communistes qui travaillaient sous la direction du Général de Gaulle y représentaient leur parti et leurs électeurs. Faut-il rappeler que les Besson, Bockel, Kouchner ne représentent qu'eux-mêmes? Il est réellement illusoire et abusif de parler d' «ouverture» dans ce contexte et la simple répétition de ce mot par la masse des médias pose problème dans la mesure où elle sous entend l'existence d'une politique d'ouverture. Et la réalité est dure quand on constate le pouvoir démesuré que Nicolas Sarkozy s'est octroyé en fusionnant les postes de Président et de Premier ministre. Ainsi cette manoeuvre présidentielle -nous l'appellerons «intégration»- a donné le sentiment d'un partage du pouvoir alors que dans les faits, il s'agit de son renforcement dans la tradition la plus monarchique de la Vème République.
Mais pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il pris le risque de pousser à bout les cadres de son propre parti (*) et quelles peuvent en être les conséquences? C'est vers François Bayrou qu'il faut chercher l'explication. Car il est le premier à avoir exploité avec succès un sentiment populaire fort répandu aujourd'hui, selon lequel le bipartisme serait dépassé et néfaste pour le pays. Faisant fi de l'explosion démographique d'après guerre qui a engendré un chômage quasi mécanique, des chocs pétroliers, ou de l'impact de la technologie sur nos sociétés, il désigne le politique traditionnel comme responsable de nos crises et les partis dépassés par la situation. S'il a su prouver à quel point cette thèse pouvait plaire à nos concitoyens, François Bayrou n'en a tiré aucun bénéfice concret. Sitôt au pouvoir, Nicolas Sarkozy a repris à son compte le dépassement des clivages traditionnels pour concurrencer le Modem sur son terrain. Contrairement à une idée fort répandue, l'objectif de l' «intégration» est moins l'explosion du PS que celui du Modem, aujourd'hui privé de quasiment tous ses cadres historiques et pourvu de 4 députés sur les 30 UDF initiaux. Cela ne va pas sans poser des problèmes de fonctionnement de notre démocratie. Son mécanisme de base est fondé sur l'existence d'une contradiction opposée à l'action de la majorité. L'expression de cette contradiction permet d'exercer un contrôle et une pression sur la politique de la majorité, et à nos concitoyens de se forger une opinion. En tentant de construire un gouvernement à l'image du paysage politique français -même si les «intégrés» ne représentent qu'eux-mêmes-, Nicolas Sarkozy tente de décrédibiliser l'opposition, à commencer par le Parti Socialiste, et par là même l'exercice de cette nécessaire contradiction. Un vrai travail d'apprenti sorcier dans la mesure où la contestation risque d'être pour partie reportée vers les extrêmes. Car c'est au mécanisme de l'alternance que Nicolas Sarkozy s'attaque. Ces dernières années les Français ont demandé aux partis politiques de se renouveler, comme en témoigne l'ascension de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, mais ce dernier a décidé de pousser cette logique à sa plus dure extrémité en cassant les repères traditionnels et en créant une certaine confusion dans l'esprit de nos concitoyens. Il estime que pour mener sa politique, une approche traditionnelle le conduirait à l'échec. Et il revivrait les grandes grèves des années 1995 ou les cuisantes défaites des Régionales et Européennes de 2004 sans parler de la Constitution de 2005, qui a signé le déclin de l'ancien Président de la République. Ainsi on peut s'attendre à ce que la stratégie sarkosienne, dont le but est de préparer le terrain, débouche sur une casse sociale de grande ampleur.
Même avec sa manoeuvre, les dangers restent grands pour Nicolas Sarkozy, le deuxième tour des Législatives 2007 a été marqué par le refus de la TVA sociale alors qu'elle constituait une source non négligeable de financement de ses généreuses promesses. Une majorité de Français sait parfaitement faire la différence entre une politique de droite et une politique de gauche même quand celle-ci est «vendue» différemment. Enfin en faisant le choix de l'«intégration» le Président de la République est face au long terme ce qui l'affaiblit aux yeux mêmes de son propre parti, car comment pourrait-il revenir en arrière? Un retour à un gouvernement entièrement UMP passerait certainement pour un cuisant échec politique.