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Aimée Gourdol, 58 ans, Ingénieur en informatique est réginaburgienne
depuis 1997. Ancienne conseillère municipale de Bourg-la-Reine, elle est candidate en 14ème position sur la liste de Jean-Paul Huchon, au titre de l’alliance conclue entre le Parti
Socialiste et le Mouvement Républicain et Citoyen où elle est Secrétaire nationale aux droits de la Femme. Elle nous a accordée une interview où elle aborde son parcours, sa conception de la politique et son
implication locale.
Quel est ton parcours politique, syndical et/ou associatif ?
Je suis d’origine espagnole, mes grands-parents ont été poussés en France par la guerre et la misère. Moi j’ai eu la chance immense de fréquenter l’école de la République et d’y recevoir l’éducation générale que tout enfant est en droit d’attendre. Mon engagement politique est né de cette prise de conscience : c’est aux institutions de la République que je dois d’avoir pu briser les barrières imposées par mes origines. Avant toute chose, la République est porteuse d’égalité des chances !
Je suis membre du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), présidé par Jean-Pierre Chevènement où je tiens le poste de Secrétaire nationale aux droits des femmes.
Côté professionnel, je suis informaticienne et syndicaliste à la CGT.
Mon engagement associatif rejoint le combat féministe puisque je suis membre de Choisir : La cause des femmes, présidé par Gisèle Halimi.
Au plan local, je suis également membre de Citoyen à Bourg-la-Reine et bien sûr aujourd’hui de la toute nouvelle association Les Amis de la Librairie de Bourg-la-Reine dont Jacques Julliard a pris la présidence et Jean-Michel Guenassia la vice-présidence.
Aujourd’hui, je suis candidate, au titre de l’accord signé entre le PS et le MRC, aux élections régionales des 14 et 21 mars prochains sur la liste de Jean-Paul Huchon. Accord dont je tiens à souligner qu’il est le fruit, non d’une entente électorale de circonstance, mais du travail accompli tout au long du mandat qui s’achève.
Quelle vision de la politique régionale défends-tu ?
Le gouvernement, avec à sa tête un président qui représente jusqu’à la caricature le parti de l’argent, organise la destruction de l’action publique et du modèle social français mis en place depuis la Libération. L’Etat poursuit méthodiquement sa politique de réduction des interventions publiques que ce soit au niveau central ou au travers des collectivités locales dont il entend réduire l’autonomie financière, les ressources et donc les dépenses. Or les collectivités locales représentent 70 % de l’investissement public et jouent un rôle indispensable d’amortisseur social, de « bouclier social », et de soutien à la croissance.
Les Régions jouent un rôle utile dans la République : elles permettent de dépasser les considérations strictement locales tout en restant proches des réalités. En ce sens, elles sont un niveau d’intervention pertinent. Elles jouent, en particulier, un rôle stratégique dans de nombreux secteurs qui touchent la vie quotidienne : développement économique et emploi, transports, logement, éducation, formation et recherche, sécurité. Elles sont précieuses pour la cohésion sociale.
Je suis donc favorable à une décentralisation utile, au service de l’intérêt général mais tout à fait opposée à une décentralisation servant d’alibi ou d’échappatoire à un Etat qui se défausse sur les collectivités locales, se désengage et renie ses responsabilités.
En disant cela, j’ai le sentiment d’être proche des aspirations de nos concitoyens, j’en veux pour preuve l’exemple récent du succès de la votation citoyenne à propos du changement de statut de La Poste. Quoi qu’en dise le gouvernement, cette opération ouvre la voie à la privatisation de l’entreprise. Forts de l’expérience de EDF ou France Telecom un grand nombre de citoyens a saisi la possibilité qui lui était offerte par les militants de gauche de dire NON à cette manœuvre. Certes, ils n’ont pas été entendus par une droite autiste mais les faits sont têtus et je crois en l’avenir. Ainsi, les partis politiques ont évolué sur ces questions : si le MRC était déjà opposé à l’ouverture à la concurrence de EDF ou France Telecom, ce n’était pas toujours le cas de tous nos partenaires d’aujourd’hui. Je veux voir dans ce changement d’attitude autre chose qu’une simple opposition à Nicolas Sarkozy : la prise en compte des aspirations de justice sociale de notre peuple seule susceptible de préparer les victoires futures.
Ces conceptions générales s’appliquent-elles à l’Île-de-France ?
L’Île-de-France est la région de France qui connaît les plus violents contrastes : contrastes sociaux, culturels, économiques, écologiques. Face au désengagement progressif de l’Etat de ses devoirs à l’égard des plus faibles de nos concitoyens, la région est aujourd’hui un maillon indispensable de la solidarité nationale, un échelon d’intervention adapté, à l’efficacité reconnue. Je soutiens le bouclier social défendu par Jean-Paul Huchon car j’y retrouve le pacte républicain que mon parti, le MRC, promeut depuis toujours : souci de l’intérêt général, liberté, laïcité, égalité (droits et devoirs, accès à l’éducation et à la formation, aux soins, au logement, aux transports, égalité des territoires), fraternité et solidarité notamment au travers d’une action publique qui protège et prépare l’avenir (emploi, recherche, écologie).
Il m’est évidemment impossible de développer ici chacun de ces points. J’en choisis un, le transport, parce qu’il fait le quotidien de l’ensemble des habitants de l’Île-de-France.
Valérie Pécresse et ses colistiers, Chantal Jouanno en tête, dénoncent sans arrêt un soi-disant immobilisme de l’équipe actuelle en matière de transports publics.
Une remarque préliminaire : pour attaquer un dossier, il faut le connaître or; Madame Jouanno, tête de liste UMP à Paris, a déclaré dans une interview à 20 Minutes (21/01), vouloir mettre l’automatisation des lignes 1, 4 et 14 dans son programme. La ligne 14 est déjà automatique, l’automatisation de la ligne 1 est déjà votée ! Sans commentaire.
Avec un maillage important du territoire, l’Île-de-France peut se targuer d’avoir un des meilleurs réseaux de transports au monde. Depuis 2006 (date du transfert de la présidence du Stif – Syndicat des transports d’Ile de France – à la région) les budgets consacrés aux transports ont considérablement augmenté : investissement, 678 M€ en 2005, 922 M€ en 2009 ; fonctionnement, 275 M€ en 2005, 693 M€ en 2009.
Je prends le RER B tous les jours, je connais les problèmes de retard, les conditions de transport difficiles et j’ai conscience que présenter des chiffres n’améliore pas le quotidien des voyageurs. En revanche, je sais aussi qu’on ne récupère pas en quelques années un réseau très fortement dégradé par trente années de sous investissements. Les investissements ont commencé et vont se poursuivre. Pour ne citer que quelques exemples : à Paris tous les bus sont désormais accessibles aux handicapés ; à partir de fin 2010, 130 rames à deux niveaux seront déployées sur le RER A ; la mise en service de la modernisation du RER B est prévue pour 2011, celle du RER C en 2014, et le D en 2012…
Surtout, le tracé de la liaison métro baptisée Arc Express, rocade éloignée d’à peu près 7km de Paris proposée par la région, contribuera à résoudre le casse-tête des déplacements de banlieue à banlieue. La philosophie de ce projet est de répondre aux besoins des franciliens, elle s’oppose totalement à celle du projet de grand huit porté par Valérie Pécresse et concocté par Christian Blanc, Secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale, et ses équipes. Le train du grand huit traversera sans s’y arrêter les territoires franciliens, reliant une dizaine de clusters (La Défense, Saclay…) aux aéroports et aux gares. Ce train sera vide parce qu’il repose sur une conception fausse des transports de banlieue à banlieue. Il va favoriser l’urbanisation périphérique et l’étalement urbain au moment où la priorité est de bâtir une ville compacte, économe en énergie.
Ces deux projets sont emblématiques de deux conceptions opposées de la gestion du territoire francilien : la vision d’une région qui protège, qui construit l’égalité entre les territoires d’un côté, de l’autre, il s’agit d’inscrire la région dans la mondialisation libérale autour d’un tout petit nombre de pôles reliés par un mode de transport qui ignore l’articulation entre développement territorial et déplacements des citoyens.
Enfin, parler transports, c’est aussi parler tarification. Lors du précédent mandat, sur proposition du MRC, les zones 6 à 8 de la carte orange ont été fusionnées en une seule zone 6, au tarif de celle-ci. Le souci de justice sociale et de défense du pouvoir d’achat impose la poursuite de la réduction du coût des transports en commun pour les usagers de la grande couronne.
Pour les jeunes, je suis favorable à la création d’une nouvelle carte Imagine R à tarif unique et modéré valable sur l’ensemble du réseau de transports d’Île-de-France 7 jours sur 7 (aujourd’hui le dézonage n’existe que pendant les week-end, jours fériés, petites vacances scolaires et du 1er juillet au 31 août).
Tu es candidate dans les Hauts de Seine, as-tu un souhait particulier pour ce département ?
Oui ! Ce que je viens d’énoncer vaut évidemment pour les Hauts-de-Seine mais je pense que ce que l’on peu souhaiter de mieux à ce département est d’en finir avec les pratiques de clan et le clientélisme. Les pratiques des Balkany et autre Ceccaldi-Raynaud sont choquantes mais avec l’affaire de Jean Sarkozy, le fils du président de la République, à la tête de l’Epad, ce sont tous les principes républicains qui sont foulés aux pieds, par ceux-là même qui devraient les faire vivre ! Il faut que cela cesse.
Quels projets portes-tu en tant que future conseillère régionale ?
Avant de répondre à ta question, j’ai envie de te dire : ne faisons pas l’élection à la place des électeurs ! Pour l’heure, je ne suis pas élue, il reste à passer le premier, puis le deuxième tour ! Par respect pour le suffrage universel, je vais donc répondre au conditionnel.
Les projets sur lesquels peuvent se concentrer les élus régionaux sont multiples, j’en citerai trois qui me tiennent à cœur tout en sachant que si je suis élue, je me consacrerai entièrement aux tâches que l’on voudra bien me confier.
L’emploi est la première préoccupation des citoyens, il faut protéger les emplois existants tout en anticipant sur ce que seront les emplois de demain. La région Île-de-France concentre 20 % de la population française sur 2 % du territoire national, produit 30 % du PIB et accueille un tiers des chercheurs français. Première destination touristique mondiale, première destination mondiale des rencontres d’affaires, la région Île-de-France bénéficie d’un statut de « région-monde » ce qui donne une importance singulière aux orientations de la politique de développement économique. Il faut concilier attractivité et qualité de vie : la région doit préparer l’avenir en renforçant ses fonds d’investissement en direction des entreprises stratégiques et en continuant à soutenir la recherche, les TIC et les projets de création d’entreprises issus des quartiers.
Emploi ne va pas sans formation. Je suis particulièrement favorable au renforcement d’une politique d’investissement en faveur des lycées publics qu’ils soient d’enseignement général, professionnel ou technologique. L’offre de service public doit être équilibré sur l’ensemble du territoire afin de briser ce que l’on pourrait appeler le déterminisme de résidence. Chaque élève, fille ou garçon, doit pouvoir choisir la filière le plus en adéquation avec ses résultats scolaires. Trop de choix d’orientation obéissent encore à des stéréotypes sexués, je trouve que la région devrait faire un effort particulier de sensibilisation des élèves en matière de choix de filières.
Enfin, le développement économique de l’Île-de-France passe par la construction d’un territoire numérique solidaire et puissant, capable d’affirmer le rôle moteur de notre région en France et en Europe. L’accès aux nouvelles technologies de l’information doit être maintenant étendu à toutes les catégories de la population (notamment aux seniors et aux adultes), aux lycées et CFA. En effet, la fracture numérique, qui concerne non seulement l’accès au matériel mais plus encore les pratiques et les usages, est largement générationnelle, ce qui impose de développer l’accompagnement des familles.
La région doit également poursuivre sa politique d’assistance aux collectivités locales en matière d’e-administration et approfondir la promotion des NTIC au service des franciliens.
Quelle est ton implication dans la défense du Verger des Muses ?
Elle est totale et naturelle !
Lors de la réunion publique du 28 janvier consacrée à la conservation d’une librairie à Bourg-la-Reine, Monsieur Guetteville, le gérant du magasin, a expliqué l’origine des difficultés de trésorerie de son commerce : prix du bail multiplié par deux il y a neuf ans et augmenté de 32 % en neuf ans, charges afférentes au bâtiment extrêmement lourdes, transport des marchandises autrefois payé par les distributeurs aujourd’hui à la charge des libraires, politique bancaire de plus en plus frileuse et fournisseurs de plus en plus craintifs. A cela, il faut ajouter des politiques sociales utiles mais qu’il faut bien financer : 35 heures, prix unique du livre fixé par les distributeurs.
Vincent Monadé, directeur du MOTif (conservatoire du livre et de l’écrit) a confirmé et précisé les propos de Monsieur Guetteville : si le prix unique du livre a sauvé la chaîne du livre et donc les libraires, il a une incidence sur les marges réalisées (qui sont faibles). Si les pouvoirs publics ont subventionné jusqu’à présent la culture et la diversité culturelle (aide à la constitution de fonds par exemple), ils doivent, selon lui, avoir désormais un regard au niveau du développement économique. Cela signifie intervenir au niveau de la caution locative, au niveau de la caution des prêts bancaires lors de l’agrandissement des librairies. Des propos qui rejoignent ceux que nous avait tenus Rachel Khan, conseillère à la culture au cabinet de Jean-Paul Huchon, que nous avons rencontré le 18 janvier et avec lesquels je suis entièrement d’accord.
Pour Bourg-la-Reine et ses environs, le Verger des Muses c’est un pôle de la vie culturelle, un lieu d’éducation de grande qualité pour nos jeunes, un point majeur de dynamisation de la zone commerciale de la ville, c’est aussi 24 emplois. Il faut absolument préserver tout cela ! Il faut sauver le Verger des Muses de la spéculation immobilière et d’une politique des banques davantage tournée vers le profit financier que le développement économique, même si cela « contredit les normes de l’Union européenne » (je reprends les propos de Vincent Monadé).
Tu vois, il existe une adéquation entière entre ce constat et la vision d’une politique régionale que j’ai développé dans les questions précédentes, d’où mon engagement total et naturel.
Dans cette affaire, on aurait pu espérer que, le pragmatisme aidant, la droite locale rejoigne notre combat. Pour l’heure, il n’en est rien, les choix idéologiques prennent le pas sur l’intérêt général, je le regrette sincèrement, d’autant qu’il faudra bien que d’autres instances territoriales s’engagent comme le fait la région.